Sur la route des frères Patison

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Prix du Lions Club 2013

Chez Editions ATRIA 

www.editionsatria.com

 


   J’avoue, à ma grande honte, que la lecture des vingt premières pages de cet ouvrage ne m’avait pas enthousiasmé. Il me fallait néanmoins accorder une seconde chance à ce livre en analysant les raisons de ma tiédeur.
   La persévérance a du bon car je serais passé à côté d’un excellent roman. Le moindre de ses mérites n’est pas l’empathie créée entre les personnages et le lecteur, mais aussi la tenue en haleine ménagée par l’intrigue.
   La première raison de ma tiédeur tient au peu d’intérêt que je porte à la société américaine et qui m’amène à une inavouable partialité. « Mea culpa… ». La deuxième raison est imputable à la forme de l’écriture. L’auteur est imprégné de lectures d’auteurs américains. C’est un style direct qui coure droit à l’essentiel jusqu’à négliger les verbes. L’efficacité prime. Il n’est pas question ici d’emprunter les chemins orthodoxes de l’écriture académique, mais force est de reconnaître que ces traits barbouillés s’accordent parfaitement à la rusticité des personnages.
   Donc, les personnages ont de la chair. Ils sont vrais. Les paysages rudes et désolés dans lesquels ils évoluent n’ont pas varié d’un pouce depuis la conquête de l’Ouest par ces vachers venus d’Europe. Epris d’espace et de liberté – pour reprendre un vieux cliché –, ils se sont perpétués à travers les chercheurs d’uranium du milieu du vingtième siècle dont il est présentement question. Komolsky est de ceux-là. L’important pour lui n’est pas de trouver, mais de chercher.
   L’auteur, Max Mercier, met à la portée du lecteur tout son amour des paysages désertiques américains. Sans emphase. Avec des mots justes, colorés. Toujours le souci d’aller droit à l’essentiel. Le montage du récit est relativement classique. On comprend dès son amorce que les retour-arrière nous mèneront au narrateur et au dénouement. La tenue en haleine est intelligemment distillée chapitre après chapitre. Les interventions d’un narrateur omniscient - figurées en italique -, à la fin de certains paragraphes, interpellent le narrateur lui-même, Didier Tonfale, comme pour le rappeler à l’ordre. C’est une espèce de conscience qui s’adresse à lui autant qu’au lecteur, comme pour le prendre à témoin. 

   Vous avez compris qu’il convient de ne pas résister au vocabulaire utilisé par Max Mercier et à ses audacieux néologismes. Objectivement, je ne vais pas vous cacher que cette écriture m’a parfois gêné. Le (trop) grand dépouillement du style qui tutoie le SMS épouse le récit, le lieu et sa langue. Parfois, l’utilisation de termes argotiques semble céder à la facilité. Ce style télégraphique nuit dans certains cas à la compréhension spontanée du texte et contraint le lecteur à revenir sur celui-ci. Comme à la page 268 : « Au petit déjeuner, Yves a remis le couvert ». Il faut comprendre qu’Yves insiste lourdement. Maladresse ou clin d’œil ?
   Il n’est pas un chapitre qui ne s’enrichisse de quelques phrases bien tournées : « L’ouest restait un univers de bêtes à peine dégauchies, âpres du bonnet, des paumés bagarreurs, inaptes à la négociation. Le résidu de la colère de Dieu », (page 36). Ou encore : « Caché sous l’ombre fine, Lucius succomba à la morsure du bourbon. Il ferma les yeux pour s’immerger dans la houle d’autrefois. Il appréciait ces instants, lorsque l’alcool innervait le souvenir, arrondissant les angles de sa destinée en boucles suaves et capiteuses », (page 54). Il n’y a pas de doute, c’est du vécu ! Et il y a aussi : " On ne peut trouver l'étonnant que dans les pieds de l'impossible", (page 109) . 
   Mais jusqu’à quel point Max Mercier n’est-il pas en train de nous manipuler ? Et c’est ce point d’interrogation qui me permet de conclure que nous sommes en présence d’un grand auteur.

   Vous avez compris, j’en recommande la lecture !

 

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Max Mercier au Salon du Touquet, en 2012

http://www.chezmax.magicrpm.com

 

Commentaires

  • Max
    • 1. Max Le 23/05/2013
    Merci beaucoup, Jean-françois, pour ce coup de projecteur sur les frères Patison. Ton oeil et ton esprit sont ceux du critique averti : je partage à fond les ballons ton avis et tes bémols sur ce texte à la destinée étonnante. Je dis "étonnante", car il n'était pas question pour moi de le présenter à un éditeur au moment où je l'ai écrit. C'était au départ un cadeau offert à deux amis, un simple cadeau dont personne ne pouvait prédire le parcours...
  • jfzimmermann
    Sais-tu que le jour-même où cet article est passé sur facebook, j'ai reçu plus de cinquante visites le concernant ? Comme quoi, cet ouvrage suscite la curiosité...

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