Critique de "Les Agents Littéraires"

 

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« L’apothicaire de la rue de Grenelle », de Jean-François Zimmermann
27 août 2011  

Une critique de : Lydia Bonnaventure, Auteure et Professeur d'Histoire

> Le livre : L’apothicaire de la rue de Grenelle ,de Jean-François Zimmermann, Éditions du Bord du Lot,  444 pages, 21 €, en vente sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Nous sommes à Paris, au XVIIème siècle, quelques années avant la révocation de l’Édit de Nantes.
Alexandre Lasalle, médecin et apothicaire, est sans illusion sur l’efficacité de la médecine enseignée par la Faculté : « le bon remède est celui qui ne cause aucun tort au malade », dit-il. Son humanisme l’amènera à pratiquer l’alchimie – cet art qui commerce avec le diable – pour découvrir l’or potable, le remède universel. Il entraînera ses proches dans cette quête illusoire.  Sur le canevas de ce Paris cruel et inquiétant, aux rues grouillantes où se croisent misère et opulence, et que l’auteur fait revivre d’une plume colorée, se tisse le destin de cette attachante famille, marqué par l’amour et la haine.
[Cette critique, indépendante, sans complaisance et non-sollicitée a été rédigée par Lydia Bonnaventure, auteur du site  Livres et manuscrits, que nous vous invitons à découvrir.]
 
> Alexandre Lasalle est un médecin-apothicaire peu conventionnel : il est à la recherche de l’or potable et, qui plus est, il est protestant. Autant de points négatifs dans ce siècle où les huguenots ne sont pas les bienvenus. Avec Gabrielle, sa femme, il aura deux fils : Martin, l’aîné et Paul, le petit dernier, qui souffrira toujours de ne pas être aimé comme son aîné. Inconsciemment ou non, Alexandre l’accuse d’être celui qui a provoqué la mort de sa Gabrielle chérie. Ceci dit, Alexandre avait beau aimer sa femme, il lui avait été tout de même infidèle avec la marquise Anne de La Peyrrière, belle en diable. Gabrielle l’avait deviné et, à la naissance de son dernier fils, s’était laissée mourir.
Le médecin va donc élever seul ses deux enfants, avec l’aide de Jeanne, la nourrice du petit Paul. Celle-ci deviendra très vite sa femme, ce qui ne fut pas bien vu de tout le monde. Mais Alexandre se moque éperdument de tout ce que peuvent dire les gens. Il n’a qu’une passion, qu’un idéal : l’alchimie. Il est soutenu d’ailleurs par Martin. Ce dernier, en grandissant, se montre prompt au combat, ce qui lui vaudra des déboires. Sur le plan amoureux, il a jeté son dévolu sur Élizabeth, fille d’Anne de La Peyrrière. L’attirance est réciproque. Anne se sent dès lors obligé d’avouer à Alexandre qu’il en est le père. Pour éloigner les amoureux sans rien leur dire, on envoie Martin étudier la médecine à Montpellier.
La lutte contre les protestants, en ce XVIIe siècle, se fait de plus en plus violente. Martin aura le malheur de croiser le fer avec un des amants d’Anne de La Peyrrière, Blaise. Pour se venger, ce dernier attend d’avoir la charge de la lieutenance du roi à la Bastille pour envoyer Martin aux galères. Il ne veut pas abjurer ce qui ne lui rendra pas la vie facile. A Paris, la maison de son père est incendiée, seul le petit Paul s’en est sorti. Tout le travail d’Alexandre est parti en fumée et une cassette contenant trois mille écus et les secrets de la Pierre philosophale a été volée… Je ne vais pas plus loin pour ne pas tout dévoiler.
Voici un livre qui est intéressant à plus d’un titre. Pour l’histoire tout d’abord  qui permet de nous replonger dans ce XVIIe siècle tourmenté par les religions et dans ce que j’appelle « les coulisses de ce siècle » avec le monde très secret des alchimistes (qui perpétuent cette discipline), les mœurs, les courtisans, le libertinage, les galériens, etc. On apprend énormément de choses et je salue le travail de l’auteur qui s’est documenté et a su mettre en scène de façon très naturelle l’Histoire avec un grand H.
Ce qui est également intéressant, c’est la structure du récit : divisé en 21 chapitres, ce roman contient trois parties : La première est consacrée à Alexandre, la deuxième à Martin et, la troisième, à un retournement de situation. Et cette troisième partie est extraordinaire. Je m’explique : les parties ne sont pas homogènes, ce qui fait que la deuxième va jusqu’au chapitre 20. Il ne reste plus que 56 pages. Le lecteur se dit alors qu’Alexandre est mort et que le pauvre Martin finira sa vie en tant que galérien. Et là, au moment où il ne s’y attend pas, un événement va tout remettre en cause. C’est fort, très fort !
Quant aux personnages, personnages réels et personnages de fiction se côtoient sans pour autant que cela ne gêne le déroulement du récit. Si Alexandre ou Martin n’ont jamais existé (à moins que je ne me trompe), Irénée Philalèthe, Marin Marais, Nicolas de La Reynie, Louvois, Nazelle ou encore Abraham Duquesne, pour ne citer qu’eux, ont bien inscrit leur empreinte dans l’Histoire.
Enfin, le style est vif, alerte. Jean-François Zimmermann a voulu employer autant que faire se peut des formulations de l’époque, ce qui est tout à son honneur. Mais que cela n’effraie pas les futurs lecteurs. Avec talent, l’auteur fait en sorte que la langue soit à la portée de tous. Je conseille vraiment ce livre, d’autant plus si vous vous intéressez à l’Histoire.
 
> Extrait :
Tandis que, rue de la verrerie, le vin coule à flots, à Meaux, il en est tout autrement.
- Madame la Marquise, Monsieur le Marquis vous mande. Blaise de La Peyrrière est assis près de la fenêtre qui donne dans le parc. Un pansement lui entoure la tête et un emplâtre est fixé sur sa joue. Ses mains étreignent nerveusement les bras du fauteuil.
- Que t’est-il arrivé ? As-tu fait une chute de cheval ? Souffres-tu ?
- Je crois être au paradis ! J’ai été victime d’une traîtresse agression dont l’auteur n’est autre que le soupirant de ta fille, ce rodomont hérétique, accroché aux bottes du sieur de Nazelle que je tiens pour responsable, par ses ignominieuses accusations, de la fin dramatique du chevalier de Rohan, le fils de celle-là même qui t’a caressée de son amitié.
- Martin t’aurait attaqué ?
- Martin Lasalle, issu de cette famille de parpaillots, fils de ce douteux médecin, alchimiste aux odeurs de fagots, plus proche des forges de Satan que des plumes de l’archange Gabriel. Martin, frère de Paul, ce bout de cul, ce courtaud de boutique qui passe son temps à écouter s’il pleut.
- Tu as l’intention de passer en revue toute la famille Lasalle ?
- Je les hais. Je hais tous ces prétendus Réformés, impertinents, forts de leur rhétorique, et qui ne pensent qu’à se coudre d’or. Ils écorcheraient un pou pour en avoir la peau. J’attends avec impatience que Louvois ait les mains libres, quitte à ce qu’il se débarrasse de Colbert, leur apologiste, pour éradiquer cette vermine. Protestants et Juifs, pour moi, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
- Certains dissipent les biens dont ils ont hérité, tandis que d’autres, qui n’ont pas eu la fortune d’être bien nés, se doivent pour subsister de travailler, mot dont nous ignorons, toi et moi, la signification. Il m’est insupportable d’ouïr tes imprécations. Je respecte la famille Lasalle et je ne crois pas Martin capable d’une telle vilenie.
- Oserais-tu douter de mes propos ?
- Oh que oui ! Tes mensonges, dont je fais peu de cas, me sont coutumiers !
- Mais tes plumes ne sont point blanches non plus, ma colombe ! Ton comportement à la Cour n’est pas exempt de tout reproche. Tes promenades à Boulogne en compagnie d’Alexandre Lasalle ne sont pas aussi innocentes qu’elles le paraissent !
 
 


> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :    5 étoiles sur 5 
> L’apothicaire de la rue de Grenelle  est en vente directement sur le site de l’éditeur. http://www.bordulot.fr

 Signé : Lydia Bonnaventure

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