PRIX LITTÉRAIRE "REGARDS"

14ème Concours international "REGARDS"


    En me rendant à Nevers, par le chemin de fer, pour y cueillir mes lauriers, j’observais le comportement des voyageurs et réfléchissais au bouleversement créé par l’avènement du numérique. Autrefois, je veux dire il y a seulement quelques années, la lecture des quotidiens, revues et livres constituait l’essentiel des occupations de ces nomades occasionnels. Aujourd’hui, en excluant ceux qui mettent à profit ces heures de transport pour travailler sur leur ordinateur, la majorité d’entre eux est happée par les images scintillantes de leurs ipad, tablettes et autres écrans tactiles glissant sur la toile à la recherche d’une série américaine, inepte pour inapte. J’en ai même vu un qui s’endormait, le casque sur les oreilles ! Je les savais soporifiques, ces séries, mais à ce point !

   

Les dinosaures emplumés.

   J’ai un stylo entre les doigts, ce tube étrange, lourd et encombrant, responsable de plus d’un veston taché – un quoi ? un veston ? C’est quoi cela, un veston ? 
   Donc, au moyen de cet outil, je trace des signes bizarres sur une feuille de papier. A quelle espèce de dinosaure appartiens-je ? J’ai peine à croire que ces intoxiqués de l’image prédigérée puissent un jour télécharger un livre numérique et partir à la pêche à la ligne repérer entre deux paragraphes quelques mots qui puissent soigner les leurs, de maux. A moins que les liseuses permettent, elles aussi, de survoler la toile et grâce aux mots-clef ou aux liens ouvrir des images, des sons, des vidéos afin d’agrémenter les lectures. Quoi ? Que dîtes-vous ? Cela existe déjà ? Steve Jobs y avait pensé ? « Bon sang, mais c’est bien sûr ! »
   Je persévère dans mon écriture, mais comment se concentrer lorsque l’ouïe est agressée par les crachotements, couinements et autres miaulements qui s’échappent des casques pourtant solidement vissés sur ces pauvres oreilles condamnées à la surdité, la cinquantaine atteinte ? Qu’ils deviennent sourds, je m’en fous, mais qu’ils me gênent dans mes occupations de dinosaure emplumé me navre prou. Murés dans le tumultueux silence qui est le leur, ils sont étrangers à mes tentatives d’établir un dialogue. Ils sont dans un autre monde. Je n’existe pas. Leurs congénères au regard fixe non plus. Ils sont seuls. Recroquevillés. Leur esprit même adopte la position fœtale. Ils réintègrent la matrice. Ils devaient être morts avant que d’être nés. La solitude à laquelle ils me contraignent me fait délirer. Sommes-nous tous en train de devenir fous ?

   J’ai retrouvé à Nevers une trentaine de mes amis les dinosaures emplumés, versificateurs et prosateurs. Ils ne sont pas sourds, ils parlent, mieux : ils s’expriment ; ils entendent, mieux : ils écoutent ; ils communiquent, mieux : ils échangent ; ils coopèrent, mieux : ils partagent.

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                                                                                     Yvonne Ollier et Arnaud Lepresle, le Président


   La tribu des poètes et des romanciers. Embarqués sur le même bateau, ces matelots ont jeté l’encre, l’espace d’une journée, pour s’offrir en partage, pour s’émouvoir, pour pleurer et pour rire. Ces matelots pêcheurs de mots que l’on n’attrape point sans vers, savent s’esbaudir le verre à la main et la gausserie sur la pointe de la langue. Cette joie de vivre malgré les tempêtes traversées par certains d’entre eux est communicative. Les faces chagrines et chiffonnées s’illuminent comme celles des enfants sages à la distribution des prix. Les colifichets qu’ils recueillent suffisent à les combler. Ils sont la récompense de leur un pour cent de talent épaulé par quatre-vingt-dix-neuf pour cent de travail. Car qu’est-ce que le talent sans le travail sinon un cadeau du Ciel gaspillé s’il n’est accompagné de l’ingrat labeur qui fait d’une honnête composition une œuvre ?

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                                               Jf Zimmermann lit un extrait de "L'apothicaire de la rue de Grenelle", second Prix de "L'albatros".


   Pour résumer, j’ai découvert à Nevers une poignée de fondus de littérature, gourmands d’une passion offerte sans retenue à ce vaisseau nommé « Regards ».
Les participants à la quatorzième édition du concours de littérature « Regards » sont l’expression des nombreux talents qui fleurissent aux « quatre coins » de l’hexagone - comme le prétendait un journaliste en délicatesse avec la géométrie -
   Nous, les heureux lauréats, ne pouvons qu’exprimer notre gratitude envers les organisateurs de cette journée qui fut une réussite.
   Merci à ceux dont j’ai retenu les noms : Yvonne, Jacky, Fabienne, Arnaud, et pardon aux autres qui m’ont échappé…

La fille du Président, un nouveau talent...

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Arnaud Lepresle, à la guitare, interprète ses propres oeuvres

Commentaires

  • yvonne ollier
    • 1. yvonne ollier Le 22/04/2012
    merci de vos mots... A l'année prochaine !

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