Remise des Prix du Roman 2011 des Écrivains Bretons

 

Remise des Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons

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Samedi 5 novembre 2011, Pouldreuzic, en pays bigouden.

   - « Le Grand Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons est décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son ouvrage « L’apothicaire de la rue de Grenelle »

   Il y a fort à parier que mon apothicaire parisien n’aurait pu soupçonner un seul instant d’être couronné par ses cousins celtes. Lui, l’irréductible huguenot, honoré et congratulé par ces bretons papistes ! Mais gageons que si Pierre Jakez-Hélias et Alexandre Lasalle s’étaient connus, ils auraient partagé les mêmes valeurs humanistes. Pouldreuzic est une petite commune de 1500 habitants située à quelques encablures de la Pointe du Raz. Ici est né l’écrivain Pierre Jakez-Hélias, « mondialement connu », comme se plaît à le rappeler Madame GOURLAOUEN, maire de la commune. Auteur de nombreux ouvrages tels le « Cheval d’orgueil » que Claude Chabrol a mis en image en 1980 et dont la distribution comportait entre autres, Michel Blanc, Jacques Dufilho et François Cluzet, il fut le premier bénéficiaire du Prix des Ecrivains Bretons. D’autres plumes célèbres telles celles de Xavier Grall, Hervé Jaouen, Charles Le Quintrec et Henri Queffélec, ont contribué à la renommée du Prix des Ecrivains Bretons

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 La maison natale de Pierre Jakez-Hélias, à Pouldreuzic

   A en croire le jury, cette année fut une cuvée exceptionnelle tant en nombre qu’en qualité. Des cinquante-sept candidats émergèrent dix finalistes qui furent, toujours d’après le jury, fort difficiles à départager. Après d’âpres discussions, un consensus se fit autour de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ». Tandis que la veille je voyais à la télévision la figure d’Alexis Jenni, réjoui, étonné comme un gosse à la remise des prix de fin d’année, entamer un second tour de table chez Drouant, arborant triomphalement le chèque symbolique de dix euros du Goncourt, précieux trophée qu’il ne remettra pas à son agence bancaire, mais qu’il encadrera et accrochera au-dessus de son bureau, je rédigeais la courte allocution que je délivrerai le lendemain sur l’estrade après la remise du chèque de l’Association des Ecrivains Bretons. Chèque plus conséquent que celui du Goncourt, mais qui, hélas,  ne remplacera pas les centaines de milliers d’exemplaires assurées par ce prix prestigieux !

   A croire que toutes les caméras et les micros de France et de Navarre s’étaient concentrés rue Gaillon car seuls quelques journalistes locaux de la Presse écrite, Ouest-France et Le Télégramme, pour ne pas les citer, s’étaient déplacés à Pouldreuzic ! Heureusement, la cinquantaine de personnes présentes dans la salle du Centre Culturel Pierre Jakez-Hélias ont partagé la joie du modeste auteur de romans historiques qui ne boudait pas son plaisir à l’écoute des commentaires et analyses de son ouvrage, notamment celle délivrée par Jacky Blandeau, l’un des membres du jury. 

   Je ne suis pas breton de naissance, mais j’ai vécu cinquante-trois ans en Bretagne et je considère ce prix comme un adoubement par mes pairs. 

 

Remise du Prix du Roman des Ecrivains Bretons – 05 novembre 2011 

Texte de mon allocution après la remise du Prix :

   Mon beau-père était originaire de Chateauneuf du Faou. Je respectais infiniment cet homme, droit comme un I, mais sans raideur, sérieux, mais non dépourvu d’humour. Fils et petit-fils de paysan tout comme Pierre Jakez-Helias, nanti du certificat d’études, il « monta » à Paris, entra aux PTT, administration dont il gravit les échelons, un à un, par concours internes pour terminer receveur, en fin de carrière.  Le « Cheval d’Orgueil » est l’ouvrage qui a le plus marqué ce lecteur assidu, ce qui n’est point pour me surprendre car je retrouve son ombre au détour de chaque ligne. Il ne manquait jamais lors de repas familiaux d’en évoquer des passages entiers qu’il illustrait de ses propres souvenirs. Sa mémoire perdure grâce à Pierre Jakez-Helias. C’est le miracle et la force de la littérature.
   Vous comprenez à présent pourquoi mon âme frissonne en frôlant à Pouldreuzic celle de celui qui fut l’icône de ma belle-famille, et combien j’éprouve à la fois fierté et humilité en un tel compagnonnage. 
   Le romancier recompose la réalité pour en faire une fiction tolérable à sa raison. Pour écrire son livre, il doit se rendre très loin, là où plus personne ne peut l’aider. S’il n’est pas possédé par sa plume, il n’est qu’un terrain vague. C’est pourquoi je peine tant à écrire, les mots écorchent mes pensées et leur font saigner de l’encre. Je voudrais écrire des histoires tristes, mais seulement pour les gens qui ne manquent pas d’humour !

   Je tiens à remercier les organisateurs de cette manifestation. Je n’ignore rien du travail accompli en coulisses que je comparerai volontiers aux 4/5 du volume immergé de l’iceberg.Par ailleurs, je m’étonne encore de l’indulgence dont le jury a fait preuve à la lecture de ma petite histoire d’apothicaire et j’espère sincèrement que celle-ci les aura divertis durant quelques heures. 
   J’ajouterai une réflexion d’Alain Bosquet : « S’il me reste un peu de vie, au lieu de la vivre je préférerais l’écrire : je pourrais au moins la corriger ! »

   Et enfin, je conclurai par une petite anecdote. Il y a quelques jours, le petit-fils de ma compagne, âgé de quatre ans et demi, me confiait sur le chemin de l’école, son inquiétude. Je reprends les termes exacts. « Jean-François, m’a-t-il dit, j’ai vingt histoires à raconter, mais j’ai peur qu’elles s’enfuient de ma mémoire, alors, il faut vite que Mamie m’apprenne à écrire… »

 

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La remise du chèque

 

Cérémonie officielle de la remise des prix des ECRIVAINS BRETONS à Pouldreuzic, le 5 novembre 2011.

Compte-rendu de Jacky Blandeau, membre du jury, lu à l’occasion de la remise du Prix du Roman, décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son roman : « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».
   

   Dans un Paris du 17e s. Alexandre Lassalle, médecin-herboriste et apothicaire se détourne de la médecine enseignée par la Faculté qu’il juge inefficace pour consacrer sa vie à la recherche du remède universel : l’or potable.Insatiable, il s’obstine à vouloir étancher sa soif d’idéal comme l’orpailleur sa soif d’or, menant une quête illusoire au détriment des dangers qui le menacent. Bravant les injustices, que son appartenance à l’Eglise Réformée vient exacerber, il se fond dans les méandres d’un Paris où se heurtent de plein fouet misère et opulence, courants de pensées jugeant cette quête totalement hérétique, mais aussi plus intimement où se mêlent amours et trahisons.

   Enfants-fruits de ses amours, femmes et maîtresses, amis et ennemis, autant de portraits qui pour certains humanisent avec délicatesse l’opacité d’un univers nourri de complots. Tout ce petit monde tente d’influencer l’étrange destin d’un alchimiste que la jalousie aux relents de haine filiale et la vengeance, ne cesseront de poursuivre. Le sang devient élixir de violence…

   Dans ce roman, que l’on pourrait qualifier de didactique, chaque page est promesse de saveur aigre-douce, l’enthousiasme est à son comble pour un scénario sur fond d’histoire exempt de clichés. On s’attache au personnage à la fois rêveur et lucide qu’incarne Alexandre. Savant mélange de réalité et de fiction que cette œuvre plénière, où la structure du récit elle-même permet au lecteur de laisser son esprit errer au fil d’une apparente soumission que viennent rompre les nombreux rebondissements, la magie opère.

   L’auteur laisse courir sa plume avec agilité et limpidité, usant de métaphores mais sans excès. Il nous initie au langage de l’époque ou bien émaille son récit de fragments d’érudition, le tout avec subtilité (humilité ou modestie).

   L’authenticité ne serait-elle pas le credo (ou l’arme) de ce nouvel alchimiste (nouveau conquérant) des lettres ?

Jacky BLANDEAU, écrivain.


Le Cheval d'orgueil, un film de Claude Chabrol

 

 

Pierre Jakez-Hélias


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