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  • La mémoire de l'UMP

    La mémoire de l’UMP.


       Les paroles s’envolent, les écrits demeurent, disait-on autrefois. Aujourd’hui, on n’écrit plus, on enregistre. Patrick Buisson a le souci de conserver précieusement, pieusement pourrait- on dire, tous les dires, faits et gestes de ses amis, oui, j’insiste bien, de ses amis de l’UMP, entre autres. Des rots aux flatulences, en passant par les silences, lourds de conséquences, on entend tout, on sait tout. Confessions publiques, sans regrets ni absolutions. Afin de conserver à son œuvre pieuse et charitable son caractère d’authenticité, de vérité, de spontanéité, Patrick Buisson a soigneusement dissimulé son matériel d’enregistrement dans sa veste – l’hiver – dans son … – l’été – afin que les fidèles, les pénitents, livrent sans retenue leurs profondes réflexions sur leurs congénères, réflexions pimentées de quelques éructations et de mots bien « sentis » à l’endroit de ceux qui étaient en passe de cesser de plaire. Grâce à Patrick Buisson rien ne restera plus désormais dans l’ombre. Son exemple va être suivi par toute la population. L’époux enregistra son épouse qui enregistrera son époux. Au bureau, chacun enregistrera son collègue qui enregistrera son collègue qui enregistrera son chef. Chez le coiffeur, là où l’on coupe les cheveux en quatre, le magnéto sera dissimulé sous la perruque. Dans le train, dans le métro, dans le taxi, oh oui !, dans le taxi, que de confidences sont lâchées sans contrainte dans cet espace clos ! Tous confieront au « Cloud » le produit de leur longue quête. Les Canards déchaînés se multiplieront afin de faire Le Point. Sur France-Culture, Philippe Meilleur s’adressant à ses « auditeurs sachant auditer » ne manquera pas de leur adresser un clin d’œil assassin. 
       Grâces soient donc rendues à Patrick Buisson, à lui seul mémoire collective de notre société !
       Mais je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la marque du matériel utilisé par le conservateur. Si celle-ci était révélée, rendez-vous compte, quelle pub !

  • L'énigme du guet de Lille

    L'énigme du guet de Lille


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       Samuel SADAUNE, écrivain.

       Samuel SADAUNE, à qui j'ai déjà consacré une page sur mon site, publie un nouvel ouvrage aux Editions OUEST-FRANCE :

    L'énigme du guet de Lille


       Bien que breton, le Nord, il connaît bien. J'en veux pour preuve le "guide du Nord Pas-de-Calais" qu'il a publié dans la collection "Itinéraires et Découvertes", aux Editions Ouest-France, régulièrement remis à jour, et qui fait autorité en la matière. 

       Après avoir arpenté la région flamande, la trame d'un polar historique (15ème siècle) s'est imposée à son esprit. Il met en lumière un aspect de la métropole nordiste, ignoré du grand public. Un double meurtre, des sombres ruelles, des drapiers trop riches, un mystérieux négociant anglais, voilà placés les éléments du décor qui vont activer une intrigue aussi mystérieuse que palpitante. 

       Samuel SADAUNE n'en est pas à son premier ouvrage : douze aux éditions Ouest-France et quatre aux éditions Millefeuilles.

       Venez tous le retrouver en dédicaces à CULTURA, Villeneuve D'Ascq, le samedi 21 septembre 2013, à partir de 14h 30.

  • Le Crépuscule du Roi-Soleil s'est éclipsé...

    Le crépuscule du Roi-Soleil

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       - Serait-ce donc là, Jean-François Zimmermann, la première de couverture de votre prochain ouvrage ?

       - Il y a deux ans, après la parution de L'apothicaire de la rue de Grenelle, et après que cet ouvrage a été couronné du Prix des Écrivains Bretons, mon éditeur, Marcel Gillet, me demandait : "Alors, à quand la suite ? ".    Je m'y suis mis fin 2011 sans savoir exactement où cela me mènerait, car j'entreprenais de conter les aventures des trois frères Lasalle, personnages issus de mon premier ouvrage.Trois destins parallèles de frères ennemis qui devaient fatalement se croiser un jour pour le meilleur et surtout pour le pire !

       Deux ans plus tard, 550 pages ont été noircies. Il reste un an de travail pour en noircir environ 250 autres.C'est beaucoup. Il est vrai que je conte trois histoires en un seul ouvrage. 

       Plusieurs éditeurs informés du projet en cours m'ont récemment mis en garde, et leurs avis se recoupent. "Aujourd'hui, dans le contexte économique que nous vivons, les pavés ne se vendent plus, sauf à être un auteur à succès, ou à tout le moins reconnu, dont la notoriété autorise cette fantaisie. 

       - Pouvez-vous découper ces 800 pages en deux ou trois tomes ?

       - J'ai avancé cet argument, mais le problème reste entier. "Et si le premier tome ne marche pas, on fait quoi du reste ?" me demande l'un. "Et si le premier tome marche, mais que le deuxième s'essouffle ?", me demande l'autre. 

       - Et si on mettait Paris en bouteille ?

       - Notez que je comprends bien leurs arguments. Le marché du livre n'est pas porteur et le créneau réservé au roman historique est mince, moins de 3% de la littérature générale. "L'heure n'est plus à prendre des risques avec auteur inconnu".

       - Inconnu, n’exagérons rien !

       - Votre exclamation est aimable, mais l'auteur en question est inconnu du grand public ! Je me range donc à leurs arguments. Mes 550 pages sont parties à la poubelle. 

       - Vous avez détruit votre manuscrit ?

       - Oui. J'ai signé son acte de décès, hier. Les 550 feuillets sont passés au vide-ordure ! Deux années de travail que je considérerai comme une parenthèse. "Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage" : tant que ma plume ne sera pas sèche, j'obéirai à Monsieur Boileau, mais cette fois, je tiendrai compte des impératifs commerciaux et me contenterai de deux ou trois cents pages. 

       - Toujours un roman historique ?

       - Toujours un roman historique, centré sur le XVIIème. 

       - Rendez-vous dans un an ?

       - Pari tenu !

  • Le monde de l'édition

    Page d'accueil

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    Réflexions sur le monde de l’édition


        J’ai participé récemment à une session de la SGDL , intitulée « Introduction à l’état d’écrivain ». Nous avons été accueillis à l’Hôtel de Massa, à Paris, par Dominique Le Brun . Divers thèmes y ont été abordés. Ils étaient animés par des personnes très compétentes telles Angela Alves  pour la protection sociale de l’auteur, Florabelle Rouyer  pour le CnL, François Nacfer  pour la MEL, Philippe Masseron  pour les droits de l’auteur, Jean-Paul Naddeo  pour une photographie du monde de l’édition, Pierre Lemaître  pour les relations auteurs/éditeurs, Joëlle Losfeld  et Elizabeth Samama  pour la fonction et le rôle de l’éditeur.

       Je me propose de vous livrer ici quelques réflexions sur le monde de l’édition recueillies durant cette session. Que représente le monde de l’édition dans l’univers économique français ? A vrai dire une toute petite étoile dans une immense galaxie ! Il ne « pèse » que 5 milliards d’euros, soit l’équivalent de 5 hypermarchés type Carrefour. Et pourtant, placez autour d’une table, lors d’un dîner, un ingénieur, un notaire, un banquier, un directeur d’hypermarché et un éditeur, vous pouvez être assuré que ce dernier sera la cible des conversations. Le poids économique de l'édition n’est pas à la mesure de son image.

       Il y a 6 000 éditeurs en France. Seuls un millier d’entre eux publient régulièrement. Sur ces 1 000 maisons, 10 d’entre elles représentent 80% du marché, et sur ces dix, Hachette et Editis trustent 43% du chiffre d’affaires total. On mesure l’extrême concentration de ce marché. L’édition est en crise. Elle employait 13 000 salariés en 2002, en 2011, ils ne sont plus que 10 000. Et là, ne parlons pas de délocalisation ni de gains de productivité pour expliquer cette chute. Paradoxalement, on n’a jamais autant publié qu’aujourd’hui. En 2002, 30 000 titres étaient produits, en 2011, 63 000 ouvrages sont sortis des presses. Tous ces livres n’ont pas le même destin. 10 000 d’entre eux cumulent 53% du chiffre d’affaires total. Sachant que seulement deux ou trois cents d’entre eux seront visibles chez les libraires, qui ne peuvent guère au plus stocker que trois ou quatre mille titres, et que leur durée de vie n’excède pas trois mois pour la majorité d’entre eux, que peut espérer l’auteur lambda ? 

       Mais pourquoi tant d’ouvrages publiés ?Tout d’abord, les Français écrivent beaucoup. On a coutume de dire qu’un Français sur deux écrit et l’autre peint ! Plus sérieusement, on estime, en France, à deux millions les personnes qui écrivent ou qui ont écrit quelque chose, pas forcément publié, heureusement ! Ensuite, parce que les éditeurs subissent des taux de retours d’ouvrages de plus en plus importants. Plus de 40%, destinés au pilon. Lorsqu’il s’agit de rembourser les libraires, on publie quelques titres de plus pour faire de la trésorerie, et ainsi de suite. C’est le principe même de la cavalerie. Il y a aujourd’hui environ 600 000 titres disponibles à la vente, en théorie du moins car un libraire, je le rappelle, ne peut posséder plus de trois ou quatre mille titres en stock. Et encore, faut-il qu’il s’agisse d’une belle librairie. On produit plus de livres, mais il s’en vend moins car les Français lisent moins. Phénomène de société d’où la technologie n’est pas absente. Internet est chronophage, c’est une évidence. Consultation quotidienne des courriels, réponses à faire, navigation sur la toile, sur les réseaux, jeux… Le Web détruit l’édition des dictionnaires et encyclopédies. Larousse vendait en 2000 1500 000 exemplaires contre 500 000 en 2011, trois fois moins. Terrifiant. Tout est sur le Net, Wikipédia notamment. Cette encyclopédie virtuelle est constamment remise à jour. C’est bien, mais c’est terrible car c’est ainsi que s’enfuit la mémoire d’une époque. Le lectorat se féminise de plus en plus. Aujourd’hui sur trois lecteurs, deux sont des femmes. Alors les éditeurs en tiennent compte dans leurs publications, jusque même dans leurs présentations. Les couvertures doivent séduire l’œil féminin. 


    Joëlle Losfeld : 

       - Je reçois en moyenne 4 à 5 manuscrits par jour que j’examine, personnellement. Je le fais car je dirige une petite maison qui n’édite qu’une quinzaine d’ouvrages par an. Nous sommes peu nombreux à travailler dans cette entreprise. A la réception des écrits, j’effectue un premier tri qui consiste à éliminer les manuscrits qui ne me concernent pas, qui n’entrent pas dans le cadre de mes publications.

      - Car il existe encore des auteurs qui ne prennent pas le temps de consulter votre site ou de se renseigner de diverses manières afin de s’assurer que leur production corresponde bien à votre ligne éditoriale ? 

       - Oui, environ un tiers d’entre eux. Un second tri me permet de sélectionner les manuscrits qui seront mis en lecture. Une fiche de lecture est établie pour chacun d’entre eux et est archivée. 

       - L’appartenance au groupe Gallimard ne nuit-elle pas à votre indépendance éditoriale ?

       - Je suis entièrement libre de mes choix éditoriaux. Mes liens avec Gallimard sont uniquement d’ordre financier. 

       - Votre plus beau succès ?

       - En 1999, ma maison a édité « Effroyables jardins » de Michel Quint, auteur qui avait déjà publié chez moi plusieurs autres ouvrages. Nous en avons vendu, toutes éditions confondues, plus d’un million d’exemplaires. Ce roman a été porté à l’écran en 2003. Réalisé par Jean Becker, le film comptait dans sa distribution Jacques Villeret, André Dussolier et Thierry Lhermitte.

       Elizabeth Samama, directrice littéraire chez Fayard, nous confie qu’elle n’a pas de comité de lecture. Tout passe entre ses mains. 

       - De Fallois, Bourgois, Viviane Hamy ne lisent aucun manuscrit qui leur parviennent par la Poste, nous affirme-t-elle. Quant à moi je sais que c’est parmi ces manuscrits que l’on trouvera peut-être le Goncourt de demain. D’ailleurs, Alexandre Jenni a procédé de cette manière. Le coup d’œil d’un éditeur n’est pas infaillible. Les best-sellers ont eux aussi été victime de nombreux refus. Certains éditeurs s’arrachent encore aujourd’hui les cheveux au souvenir d’avoir refusé Harry Potter ou Anna Gavalda. Certains auteurs sont devenus des « marques » tels Amélie Nothomb ou Max Chatham. Leurs lecteurs s’attendent à relire le même livre à chacun de leur nouveau titre. Il ne faut pas les décevoir.

       - La critique aide-t-elle à vendre un livre ?

       - Elle n’existe plus, répond Elizabeth Samama. Les critiques sont des pigistes sous-payés. Ils enfoncent les portes ouvertes. Le temps de Bernard Pivot est révolu, ce temps où nous étions, nous éditeurs, quasiment assurés d’un tirage équivalent à un Goncourt à l’issue d’un « Apostrophe ». 

       Et le numérique ? Il représente en France moins de 1% des ventes. Aux Etats-Unis, dix fois plus. Les éditeurs français sont encore très frileux. Le numérique, c’est la révolution Gutenberg. On ne peut l’ignorer comme les marchands de bougies ont fait au XIXème siècle à l’apparition de l’électricité. Ils ont eu beau les décorer et les parfumer, leur déclin était inéluctable. 

    balzac-sgdl.jpgBalzac, l'un des premiers présidents de la Société des gens de Lettres

    [1] SGDL : Société des Gens de Lettres.

    [1] Dominique Le Brun : secrétaire général de la SGDL, auteur de 190 ouvrages publiés chez Atlas, Solar, Omnibus, Flammarion, Privat, Libris, Larivière, Glénat, Le Cherche-Midi.

    [1] Angela Arves : chef de cabinet du directeur de l’IRCEC.

    [1] Florabelle Rouyer : Centre national du Livre, adjointe au Département de la Création.

    [1] François Nacfer : responsable financier de la MEL, maison des écrivains et de la littérature.

    [1] Philippe Masseron : directeur général adjoint du CFC, Centre Français d’exploitation du droit de Copie.

    [1] Jean-Paul Naddeo : Créateur des éditions Acropole avec entre autres Robert Laffont et Pierre Belfond, aujourd’hui éditeur et conseil pour le Robert, First et Flammarion.

    [1] Pierre Lemaître : auteur chez Calmann-Lévy et Albin-Michel et auteur de scénarios pour la télévision.

    [1] Joëlle Losfeld : après un passage chez Denoël et Hachette puis Le Terrain Vague, elle fonde en 1993 sa propre maison d’édition.

    [1] Elizabeth Samama : elle a débuté aux éditions Julliard, elle est maintenant directrice littéraire chez Fayard. 

  • Remise des Prix du Roman 2011 des Écrivains Bretons

     

    Remise des Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons

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    Samedi 5 novembre 2011, Pouldreuzic, en pays bigouden.

       - « Le Grand Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons est décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son ouvrage « L’apothicaire de la rue de Grenelle »

       Il y a fort à parier que mon apothicaire parisien n’aurait pu soupçonner un seul instant d’être couronné par ses cousins celtes. Lui, l’irréductible huguenot, honoré et congratulé par ces bretons papistes ! Mais gageons que si Pierre Jakez-Hélias et Alexandre Lasalle s’étaient connus, ils auraient partagé les mêmes valeurs humanistes. Pouldreuzic est une petite commune de 1500 habitants située à quelques encablures de la Pointe du Raz. Ici est né l’écrivain Pierre Jakez-Hélias, « mondialement connu », comme se plaît à le rappeler Madame GOURLAOUEN, maire de la commune. Auteur de nombreux ouvrages tels le « Cheval d’orgueil » que Claude Chabrol a mis en image en 1980 et dont la distribution comportait entre autres, Michel Blanc, Jacques Dufilho et François Cluzet, il fut le premier bénéficiaire du Prix des Ecrivains Bretons. D’autres plumes célèbres telles celles de Xavier Grall, Hervé Jaouen, Charles Le Quintrec et Henri Queffélec, ont contribué à la renommée du Prix des Ecrivains Bretons

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     La maison natale de Pierre Jakez-Hélias, à Pouldreuzic

       A en croire le jury, cette année fut une cuvée exceptionnelle tant en nombre qu’en qualité. Des cinquante-sept candidats émergèrent dix finalistes qui furent, toujours d’après le jury, fort difficiles à départager. Après d’âpres discussions, un consensus se fit autour de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ». Tandis que la veille je voyais à la télévision la figure d’Alexis Jenni, réjoui, étonné comme un gosse à la remise des prix de fin d’année, entamer un second tour de table chez Drouant, arborant triomphalement le chèque symbolique de dix euros du Goncourt, précieux trophée qu’il ne remettra pas à son agence bancaire, mais qu’il encadrera et accrochera au-dessus de son bureau, je rédigeais la courte allocution que je délivrerai le lendemain sur l’estrade après la remise du chèque de l’Association des Ecrivains Bretons. Chèque plus conséquent que celui du Goncourt, mais qui, hélas,  ne remplacera pas les centaines de milliers d’exemplaires assurées par ce prix prestigieux !

       A croire que toutes les caméras et les micros de France et de Navarre s’étaient concentrés rue Gaillon car seuls quelques journalistes locaux de la Presse écrite, Ouest-France et Le Télégramme, pour ne pas les citer, s’étaient déplacés à Pouldreuzic ! Heureusement, la cinquantaine de personnes présentes dans la salle du Centre Culturel Pierre Jakez-Hélias ont partagé la joie du modeste auteur de romans historiques qui ne boudait pas son plaisir à l’écoute des commentaires et analyses de son ouvrage, notamment celle délivrée par Jacky Blandeau, l’un des membres du jury. 

       Je ne suis pas breton de naissance, mais j’ai vécu cinquante-trois ans en Bretagne et je considère ce prix comme un adoubement par mes pairs. 

     

    Remise du Prix du Roman des Ecrivains Bretons – 05 novembre 2011 

    Texte de mon allocution après la remise du Prix :

       Mon beau-père était originaire de Chateauneuf du Faou. Je respectais infiniment cet homme, droit comme un I, mais sans raideur, sérieux, mais non dépourvu d’humour. Fils et petit-fils de paysan tout comme Pierre Jakez-Helias, nanti du certificat d’études, il « monta » à Paris, entra aux PTT, administration dont il gravit les échelons, un à un, par concours internes pour terminer receveur, en fin de carrière.  Le « Cheval d’Orgueil » est l’ouvrage qui a le plus marqué ce lecteur assidu, ce qui n’est point pour me surprendre car je retrouve son ombre au détour de chaque ligne. Il ne manquait jamais lors de repas familiaux d’en évoquer des passages entiers qu’il illustrait de ses propres souvenirs. Sa mémoire perdure grâce à Pierre Jakez-Helias. C’est le miracle et la force de la littérature.
       Vous comprenez à présent pourquoi mon âme frissonne en frôlant à Pouldreuzic celle de celui qui fut l’icône de ma belle-famille, et combien j’éprouve à la fois fierté et humilité en un tel compagnonnage. 
       Le romancier recompose la réalité pour en faire une fiction tolérable à sa raison. Pour écrire son livre, il doit se rendre très loin, là où plus personne ne peut l’aider. S’il n’est pas possédé par sa plume, il n’est qu’un terrain vague. C’est pourquoi je peine tant à écrire, les mots écorchent mes pensées et leur font saigner de l’encre. Je voudrais écrire des histoires tristes, mais seulement pour les gens qui ne manquent pas d’humour !

       Je tiens à remercier les organisateurs de cette manifestation. Je n’ignore rien du travail accompli en coulisses que je comparerai volontiers aux 4/5 du volume immergé de l’iceberg.Par ailleurs, je m’étonne encore de l’indulgence dont le jury a fait preuve à la lecture de ma petite histoire d’apothicaire et j’espère sincèrement que celle-ci les aura divertis durant quelques heures. 
       J’ajouterai une réflexion d’Alain Bosquet : « S’il me reste un peu de vie, au lieu de la vivre je préférerais l’écrire : je pourrais au moins la corriger ! »

       Et enfin, je conclurai par une petite anecdote. Il y a quelques jours, le petit-fils de ma compagne, âgé de quatre ans et demi, me confiait sur le chemin de l’école, son inquiétude. Je reprends les termes exacts. « Jean-François, m’a-t-il dit, j’ai vingt histoires à raconter, mais j’ai peur qu’elles s’enfuient de ma mémoire, alors, il faut vite que Mamie m’apprenne à écrire… »

     

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    La remise du chèque

     

    Cérémonie officielle de la remise des prix des ECRIVAINS BRETONS à Pouldreuzic, le 5 novembre 2011.

    Compte-rendu de Jacky Blandeau, membre du jury, lu à l’occasion de la remise du Prix du Roman, décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son roman : « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».
       

       Dans un Paris du 17e s. Alexandre Lassalle, médecin-herboriste et apothicaire se détourne de la médecine enseignée par la Faculté qu’il juge inefficace pour consacrer sa vie à la recherche du remède universel : l’or potable.Insatiable, il s’obstine à vouloir étancher sa soif d’idéal comme l’orpailleur sa soif d’or, menant une quête illusoire au détriment des dangers qui le menacent. Bravant les injustices, que son appartenance à l’Eglise Réformée vient exacerber, il se fond dans les méandres d’un Paris où se heurtent de plein fouet misère et opulence, courants de pensées jugeant cette quête totalement hérétique, mais aussi plus intimement où se mêlent amours et trahisons.

       Enfants-fruits de ses amours, femmes et maîtresses, amis et ennemis, autant de portraits qui pour certains humanisent avec délicatesse l’opacité d’un univers nourri de complots. Tout ce petit monde tente d’influencer l’étrange destin d’un alchimiste que la jalousie aux relents de haine filiale et la vengeance, ne cesseront de poursuivre. Le sang devient élixir de violence…

       Dans ce roman, que l’on pourrait qualifier de didactique, chaque page est promesse de saveur aigre-douce, l’enthousiasme est à son comble pour un scénario sur fond d’histoire exempt de clichés. On s’attache au personnage à la fois rêveur et lucide qu’incarne Alexandre. Savant mélange de réalité et de fiction que cette œuvre plénière, où la structure du récit elle-même permet au lecteur de laisser son esprit errer au fil d’une apparente soumission que viennent rompre les nombreux rebondissements, la magie opère.

       L’auteur laisse courir sa plume avec agilité et limpidité, usant de métaphores mais sans excès. Il nous initie au langage de l’époque ou bien émaille son récit de fragments d’érudition, le tout avec subtilité (humilité ou modestie).

       L’authenticité ne serait-elle pas le credo (ou l’arme) de ce nouvel alchimiste (nouveau conquérant) des lettres ?

    Jacky BLANDEAU, écrivain.


    Le Cheval d'orgueil, un film de Claude Chabrol

     

     

    Pierre Jakez-Hélias


  • Entretien à bâtons rompus avec JF Zimmermann

     

     

    …Entretien à bâtons rompus, avec Jean-François Zimmermann,

    auteur de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».


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    Photo : Charles HENNEGHIEN

     


    Qu’est-ce qui sépare un bon roman d’un mauvais ?

    Un bon roman commence par le rêve.

    Vous avez publié votre premier roman à l’âge de soixante-cinq ans. Pensez-vous écrire encore longtemps ?

    La mémoire est comme un muscle qu’il faut entretenir si l’on veut qu’elle réponde à nos sollicitations. Si on veut rester jeune, il faut conserver sa capacité d’imagination, d’émerveillement, de rêve. On ne crée pas pour soi-même, mais pour l’autre, celui ou celle dont l’affectueux regard est encourageant.

    Etes-vous sujet à des pannes d’inspiration ?

    L’inspiration est un oiseau craintif qui s’envole au premier bruit. Parfois, il se contente de faire le tour de l’arbre et revient se poser sur votre épaule. Il est alors complice. Mais il est rare qu’il revienne. Alors, il est préférable de se lever et d’aller se faire un café…

    Doit-on nécessairement être cultivé pour lire ?

    Je ne crois que mes romans soient stricto sensu de la littérature populaire. Ils ne le sont pas en ce sens qu’ils font appel à un référentiel qui, sans être du ressort d’un thésard, n’en exige pas moins une certaine culture. Mais ils sont populaires en ce sens qu’ils sont glissés dans un genre, « romans historiques » ou « romans d’aventures ». Ils font davantage appel à l’émotion qu’à la réflexion.

    Quel est votre cursus ?

    Je n’ai pas fait d’études et, loin de m’en glorifier comme le font certains qui sont arrivés à quelque chose, je le regrette profondément. Mes modèles, contemporains et inaccessibles, sont Jacqueline de Romilly, Jean d’Ormesson, Umberto Ecco, Marguerite Yourcenar. J’ai, durant toute ma vie, couru derrière la culture en lisant beaucoup. Ma mémoire, n’étant pas exceptionnelle, ne m’a pas aidée. Curieux de tout, j’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main – ou plutôt, sous les yeux. Je ne me suis jamais laissé impressionner par plus cultivé que moi. Il ne le fallait pas. Cela m’aurait paralysé et interdit de tenter quoique ce soit. Conserver une bonne dose d’inconscience était nécessaire. 

    Quelles sont vos lectures ?

    Je lis peu les auteurs contemporains, non que je les dédaigne, mais je privilégie des lectures « utiles », utiles à ce que j’écris. Soit de purs ouvrages de documentation, soit des fictions en relation avec l’époque dans laquelle se situent mes récits. En ce moment, par exemple, je rédige la suite de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ». L’essentiel de l’action se déroule sur la mer. Il me faut donc appréhender tout le vocabulaire maritime en usage au XVIIème. Ce n’est pas une mince affaire ! Tout ceci pour vous dire que je n’ai lu ni Muriel Barbery, ni Anna Gavalda, ni Musso, ni Lévy, ni Houellebecq. Parlez-moi plutôt de Max Gallo, Chantal Thomas, Ken Follett, Juliette Benzoni, Chandernagor, Eco…

    A quand remonte votre première lecture ?

    Dès l’âge de six ou sept ans, je passais l’essentiel de mon temps à lire des bandes dessinées. A cette époque, le jour des enfants n’était pas le mercredi mais le jeudi. Or, ce jour-là, ma mère se rendait au marché. J’attendais sagement son retour à la maison, fébrile, car je savais que dans le sac à provisions, sur le dessus car c’était le dernier achat, une ou deux revues, parfois rendues humides par le brouillard de l’hiver, trônaient. Bleck le Roc, Pipo et Concombre, Micky, Tintin, Mickey emplissaient mon imaginaire. A neuf ans, j’ai lu mon premier livre : « Sans famille ». J’ai beaucoup pleuré ! Et puis, je me suis jeté à corps perdu dans Zola, Bazin, Mauriac, Hugo, Vernes.  Au collège, j’attendais avec impatience, dictées et rédactions, puis narrations et commentaires de textes. J’éprouvais toujours un sentiment de fierté à la remise des notes car elles m’étaient favorables.

    A quand remonte votre premier texte ?

    Ma première tentative d’écriture remonte à l’adolescence. C’était une espèce de polar côtier mêlant marin pêcheurs – j’habitais en Bretagne, au bord de la mer – et touristes envahisseurs. Inachevé. Une chance pour les rares éventuels lecteurs qui auraient eu le courage de se l’infliger ! Par la suite, je me suis essayé à un thriller ténébreux, « éclairé » par l’implacable soleil des sables sahariens. Inachevé. Et puis, j’ai osé un chef-d’œuvre de platitudes, vague remake de « Dunes ». Inachevé. Puis ce fut le tour d’un polar inter-galactique sur fond de clones immortels – Ah ! J’étais en avance ! – Inachevé. Encore quelques lecteurs d’épargnés ! Inconsciemment, je devais me rendre compte qu’il était plus sage de ne pas mener à terme cette improbable gestation ! Je connaissais heureusement une meilleure réussite en écrivant des nouvelles – primées puis éditées. Enfin, en 2005, je suis « entré en littérature » à la suite d’une lecture : « Les Pérégrines » », de Jeanne Bourin. Le déclic. Deux ans pour pondre les six cents pages de « De silence et d’ombre » puis, dans la foulée, « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».

    Qu’éprouve un auteur lorsqu’il voit son manuscrit publié ?

    L’auteur, en général, je ne sais pas. Pour ma part, c’est d’abord la satisfaction d’avoir mené à son terme une entreprise de longue haleine. D’avoir concrétisé, figé en quelque sorte, la sarabande qui dansait dans mon imaginaire. De l’avoir rendue assimilable pour qu’elle puisse être lue. Etre lu, c’est bien là la récompense dont rêvent tous les auteurs. Enfin, il me semble. Et tant pis pour le lieu commun : l’écriture est un partage. 
     

    Voilà six mois que votre livre est paru. A-t-il rencontré le succès escompté ?

    (Rires) Un fameux succès… confidentiel !

    Comment jugez-vous votre écriture ?

    Un livre c’est comme un enfant. Quel est le père qui accepte sans broncher les remarques désagréables, mêmes justifiées, apportées par un tiers sur sa progéniture ? « De quoi se mêle-t-il celui-là ? Qu’il commence par balayer devant sa porte !» Pour ne pas me dérober, je vous répondrai que je pense avoir écrit un livre plaisant, sans prétention, sans portée hautement philosophique. Je ne suis pas un auteur à messages. Mon seul souhait est que mes lecteurs passent quelques heures agréables et qu’ils aient appris quelque chose.

    Vous êtes modeste !

    Je reste à ma place.

    Qu’a-t-il manqué à votre livre pour qu’il se vende davantage ?

    Pour qu’un livre se vende, il faut d’abord que le public soit informé de son existence. C’est une lapalissade. Pour qu’il « existe », il faut qu’il soit présent sur les rayons des libraires. Mon éditeur n’a pas de diffuseur-distributeur. Il n’envoie aucun exemplaire aux médias. Il ne dispose que d’un site sur la Toile pour en assurer la distribution. Il n’assure aucune présence sur les salons. Ses auteurs doivent donc prendre leur destin à pleines mains et entreprendre la fastidieuse tournée des libraires régionaux. Pousser la porte d’une librairie, attendre sagement que le propriétaire des lieux en ait fini avec ses clients, se présenter et en faire de même de son ouvrage en le vantant comme le camelot sur le marché, est une démarche humiliante. Et puis, il faut se contenter, dans le meilleur des cas, du dépôt-vente de quelques exemplaires et parfois bénéficier de la part d’un libraire audacieux, d’une séance de dédicaces. Certes, on peut donner à la scène un autre éclairage. Parler littérature avec une personne informée est enrichissant. On entre dans un cénacle. Avec ou sans cet éclairage, je rends grâce aux libraires de donner une toute petite chance à un total inconnu.

    Pourquoi n’avoir pas choisi un autre éditeur ?

    Parce que l’on n’est pas instruit des arcanes de la partie commerciale de la littérature. Et parce qu’être édité est un petit miracle que l’on savoure sans trop se poser de questions. Ceci dit, tel le libraire cité plus haut, je remercie mon éditeur d’avoir imprimé mon texte et de lui avoir donné vie. 
    Etre édité, cela est-il difficile ?En partant du principe que le livre proposé présente quelque intérêt, il n’est pas difficile de trouver un éditeur. En trouver un qui accepte de prendre les risques financiers d’une diffusion nationale alors que l’auteur ne bénéficie d’aucune notoriété particulière est nettement plus délicat ! D’abord, il faut effectuer un premier tirage d’au moins cinq mille exemplaires afin que l’ouvrage soit présent dans tous les points de vente, ce qui représente environ dix mille euros de frais d’impression. La diffusion-distribution ajoutée à la marge attribuée aux points de vente représente 70% du prix de vente public du livre. Si rien ne le distingue de la masse – six cents nouveautés, rien que pour la rentrée de septembre ! – son aventure s’arrêtera là, au bout de trois mois. Elle se soldera par quatre mille retours qui passeront au pilon car les livres manipulés ne peuvent réintégrer le circuit commercial. Pas besoin d’être comptable pour se rendre compte qu’une telle opération ne doit pas se répéter trop souvent.

    Mais, c’est sinistre !

    Seules les maisons qui comptent dans leur équipe un ou plusieurs auteurs à très forts tirages peuvent se permettre de placer leur mise sur des auteurs en devenir.

    En conclusion ?

    C’est une chance que d’écrire. L’écriture est un refuge qu’il fait bon d’investir lorsque le temps est maussade. Elle est un château fort bien remparé, protégé des désordres de la vie. On s’y ressource et l’on y puise des nouvelles forces. 

  • Grand Prix du Roman des Ecrivains Bretons

     

       L'apothicaire de la rue de Grenelle vient d'être couronné par l'Association des Ecrivains Bretons "Grand Prix du Roman 2011".

       Je ne bouderai pas cet honneur d'autant que la compagnie de lauréats précédents tels Olivier et Patrick Poivre d'Arvor n'est pas pour me déplaire.

       Je n'oublie pas avoir vécu toute mon enfance à quelques encâblures de ce dernier, à côté de Trébeurden. Etant à peu près du même âge, nous nous sommes certainement croisés.

       La remise des prix aura lieu à Pouldreuzic, dans le Finistère, village natal de Pierre Jakez Helias qui a compté parmi les membres fondateurs de l'Association des Ecrivains Bretons, samedi 5 novembre prochain. 

     

  • La littérature après le 11 septembre

     

    La littérature après le 11 septembre

     

         Cataclysme, oui, mais pas naturel celui-là. Cette fois, le prédateur c’est l’homme, et la bête traquée, l’Amérique, cette Amérique blessée, qui chancelle, vacille à l’instar des deux tours, symbole de la toute puissance des USA. Frappée au cœur, pour la deuxième fois, bien que pour la première on ne puisse parler de cœur, c’était Pearl Harbor. Là aussi la surprise fut totale. Mais le contexte était différent. Un contexte de guerre dans lequel l’Amérique ne se sentait pas encore vraiment impliquée et qui a décidé de son entrée dans la guerre la plus folle et la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité.

         11 septembre 2001, une nouvelle forme de barbarie, menée par un ennemi invisible, par des hommes impatients de mourir pour tuer. Là encore, des kamikazes.

         L’Amérique réagit. Brutalement. La lutte contre le terrorisme international va remplacer la guerre froide. La lutte du « bien » contre le « mal ». Bush simplifie le discours à l’extrême. La traque du démon va prendre dix ans. La moitié du monde va s’impliquer à différents degrés. Un marteau pilon pour écraser un frelon. Drôle de guerre que cette guerre contre le terrorisme, entité des plus vagues ancrée sur nul territoire. De toute façon, la guerre est toujours la sanction d’un échec. Mais de quel échec est-il question ?

     

         L’attentat contre Kennedy a suscité plus de films que de romans, à l’inverse du 11 septembre. Il faut dire que déjà en 1998 sont sortis trois films mettant en scène la destruction de New York : Armageddon, Deep Impact et Godzilla. Il faudra attendre 2005 et Spielberg dans son remake de « la Guerre des mondes » où les victimes couvertes de poussière évoquent les survivants des tours, et les cellules dormantes martiennes, les groupes d’Al-Qaida implantés sur le sol américain.

         Avant les romans de fiction, seront écrits poèmes et pièces de théâtre.

         Dix ans après, la littérature a en quelque sorte digéré l’événement. Les fictions l’intègrent dans leur récit. C’est déjà du roman historique. Don de Lillo, avec « L’homme qui tombe », Claire Messud avec « Les Enfants de l’Empereur » et Catherine Musset avec « Un brillant avenir », en sont les parfaites illustrations.

         J’ai choisi d’évoquer brièvement le premier cité, « L’homme qui tombe », paru en 2008 chez Actes Sud.

         Il y a un enfant, à la fois étrange et inquiétant qui passe son temps, les yeux vissés à une paire de jumelles, à guetter le retour de Ben Laden entre deux nuages. Il y a Lianne, sa mère, hantée par la perte de mémoire, qui anime un atelier d’écriture fréquenté par les victimes d’Alzheimer - Alzheimer en un seul mot. Et puis, il y a Keith, l’homme qui tombe. Qui ne cesse de tomber sans jamais atterrir. Il ne cesse de rejouer ce film des corps qui tombent lentement de la tour en feu, lentement par le miracle du ralenti. Il rejoue ce moment en se lançant dans le vide, la tête en bas, accroché à un harnais, de n’importe quelle tour, en bravant la police.

         Trois vies menacées par le vide, le vide de l’existence. Trois vies sans avenir. Trois vies enfouies sous une épaisse couche de mort.

         Extraits : « Puis il vit une chemise descendre du ciel. Il marchait et la voyait tomber, agitant les bras comme rien en ce monde »

    -         'Mais c'est bien pour ça que vous aviez construit les tours, non ? N'ont-elles pas été conçues comme des fantasmes de richesse et de puissance, destinés à devenir un jour des fantasmes de destruction ? C'est pour la voir s'écrouler que l'on construit une chose pareille. La provocation est évidente. Quelle autre raison aurait-on de la dresser si haut et puis de la faire en double, de la dupliquer ? C'est un fantasme, alors pourquoi ne pas le répéter deux fois ? Ce que vous dites, c'est : la voici, démolissez-la.'

     

  • Le roman historique

     

      Le roman historique – acte 1
      Vaste sujet. Quelles sont les raisons qui poussent un écrivain à placer une histoire au cœur de l’Histoire ? Les ressorts qui animent un récit sont les mêmes, que celui-ci soit situé à l’époque contemporaine ou dans le passé. L’Homme, dans ses motivations, dans tout son être, est immuable depuis des milliers d’années. Donc, l’univers fictionnel n’est que répétitions et redondances. Les grands thèmes sont éternels. Il suffit pour s’en convaincre d’entreprendre une plongée au cœur de la mythologie.  Toute fiction située dans le passé, proche ou lointain, est, peu ou prou, un roman historique. Qu’il s’appuie sur l’Histoire ou s’y dissimule, qu’il la respecte scrupuleusement ou la triture, l’auteur la place à son service. Des Historiens célèbres, ont été et sont encore tentés d’utiliser leurs précieuses connaissances pour donner chair, souvent avec un brio inégalé, à des personnages inventés et criant de vérité. L’écrivain non historien, mais passionné d’Histoire, est confronté à son cruel manque de connaissances s’il veut respecter la vérité historique. Il lui faut, soit s’appuyer sur un Historien en sollicitant sa contribution, soit se documenter furieusement. Il n’est pas sans en retirer beaucoup de plaisir et d’enrichissement personnel. 

    « L’apothicaire de la rue de Grenelle » est né d’un curieux cheminement. Le premier roman dont je me suis rendu coupable, « De silence et d’ombre », se nichait entre haut et bas Moyen Age, en pleine première croisade. Il est encore en l’état d’un manuscrit de six cents pages, non publié. Au cours de ses pérégrinations, mon héros est amené à emprunter une galère pour se rendre de Byzance à Antioche. Moyen de transport maritime commun pour l’époque, la galère était mue par des galériens qui n’étaient pas encore des condamnés, mais, soit des hommes qui choisissaient cet état pour subsister, soit des esclaves. Des recherches en documentation sur les galériens m’ont fait découvrir, tout à fait fortuitement, un recueil contenant les mémoires d’un certain Jean Martheille condamné pour fait de religion par le Roi-Soleil dans la dernière décade du XVIIème. Ce récit vivant et parfaitement explicatif des usages et des mœurs réglant la vie à bord de ces bagnes flottants m’a passionné et donné l’envie d’écrire une histoire se déroulant dans cet univers si particulier. Deux années furent nécessaires pour effectuer ce bond du Moyen Age au XVIIème, me former à un autre langage (de Saint Bernard à Molière !) et étudier minutieusement cette période de l’Histoire. Tout ceci pour aboutir à « L’apothicaire de la rue de Grenelle », roman de 444 pages dans lequel les galères n’occupent qu’une trentaine de pages !

    Voilà bien là – s’il en était besoin – démontré que l’auteur est l’esclave de ses personnages et de l’histoire qu’ils écrivent sans lui demander son avis !

    JF Zimmermann