Intervention à la Maison d'Arrêt de Dunkerque

 

Le livre et la prison

Intervention en milieu carcéral.

Dunkerque, 27 septembre 2011Maison d’arrêt
   Lorsque Lucienne Cluytens m’a informé de cette entreprise insolite, je n’ai pas hésité une seconde pour me porter volontaire. « Attention, nous allons essuyer les plâtres ! » m’a prévenu Jean-Denis Clabaut qui pilote l’opération. Quelles étaient mes motivations ? Curiosité, certes, mais pas de curiosité malsaine. Non, juste le secret et ambitieux espoir de créer chez certains d’entre eux le désir des mots.

   Le soleil automnal qui nous  accompagne adoucit la sévérité des lieux. Passées les formalités d’usage indispensables pour accueillir le visiteur – rassurons-nous, pas de fouille au corps ! – nous sommes introduits dans une salle où sont disposés des tabourets pour les détenus, face à une table que Jean-Denis utilise à sa façon.- Pour être plus près de mes étudiants à la fac, je m’assoies dessus – sur la table, bien sûr - . Ici, il en sera de même pour faciliter l’échange. Et l’échange, il connaît. Brillant orateur, avec des mots simples et imagés, il a tôt fait de capter son auditoire. Loin d’être passifs, ces hommes troquent durant une heure trente leur défroque de condamnés pour le costume honorable du lecteur attentif. Oui, ils lisent. Au hit-parade, les poèmes, puis les biographies et enfin les romans. Un gros dur, âgé d’une quarantaine d’années, illustré de nombreux tatouages, avoue timidement préférer la S.F. Un autre me confie qu’il s’abandonne parfois à l’écriture. Lorsque les mots lui font défaut, il lit des poèmes, « C’est bien le diable si je n’y trouve pas les mots qui me manquent… » On nous pose des questions sur notre raison d’être là, sur notre besoin d’écrire. On lit dans leur regard l’étonnement lorsqu’on leur révèle que nous ne vivons pas de notre plume. Un silence… de plume règne lors des lectures de nos extraits. Pas un bâillement étouffé, pas un murmure, juste une attention soutenue.

   Quelques solides poignées de main ponctuent la fin du… spectacle avant que le surveillant-chef nous adresse son satisfecit, « expérience à renouveler », assure-t-il.

   Le bibliothécaire a serré dans ses bras, comme un précieux butin, les ouvrages que nous avons laissés. Conclusion : il faut poursuivre dans cette voie. La preuve, je suis partant pour une nouvelle « intervention »…
Jean-François Zimmermann

Jean-Denis CLABAUT : http://adan5962.e-monsite.com/pages/les-auteurs/jean-denis-clabaut.html

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