L'autobiographie fictive

 

Autoportrait de Van Eyck, d’Elisabeth Béligny. (Fayard 2000)


C’est au cours de la visite d’un musée consacré à la peinture flamande, qu’en furetant dans la boutique, je suis tombé sur cet « Autoportrait de Van Eyck ». C’est le premier roman de cette auteure. Il est à classer dans un genre peu usité : l’autobiographie fictive. L’auteure contemporaine la plus célèbre dans ce genre n’est autre que Marguerite Yourcenar avec « Les Mémoires d’Hadrien ». On peut aussi citer : « Les Nouvelles confessions » de William Boyd et « L’été de la vie » de Coetzec.

« L’Autoportrait de Van Eyck » appartient aussi au Roman Historique puisque la partie fictionnelle utilise l’Histoire comme cadre et même comme ressort du récit. De quoi s’agit-il ?

Van Eyck, peintre de son état, vivant au XVème siècle, est victime d’une agression. Profondément choqué, il perd la vision des couleurs. Pour ne pas sombrer dans le désespoir, il entreprend de relater cette vie colorée qui fut la sienne car, s’il a perdu la vision des couleurs, il en a conservé la mémoire. La documentation historique est sans reproche. Grâce à elle, le lecteur s’approprie l’époque. L’écriture est soignée et n’est pas sans rappeler celle de Jan Van Dorp dans « Flamand des vagues ». Grandes envolées lyriques et poétiques et choix d’un vocabulaire précis dans les descriptions de scènes ou de nature. La société est peinte sans fards. On comprend les liens de vassalité qui unissaient les artistes à leurs puissants commanditaires, en l’occurrence celui de Van Eyck qui n’était autre que Philippe Le Bon, notre bourguignon de Bruges. Mais il y a aussi les liens obligés avec La Guilde qui entravent la liberté du peintre et dont Van Eyck se libérera dans la douleur. Ses tableaux les plus célèbres sont

« L’agneau mystique »,

 

« Les époux Arnolfini »,

et « L’homme au turban rouge ».

Elizabeth Bélorgey imagine que ce dernier est un autoportrait de Van Eyck. Faux autoportrait, fausse autobiographie, mais où tout peut être vrai. Et tout est dans ce « peut être ». Jeux de miroirs, faux reflets, c’est le récit des faux-semblants. Si elle a écrit cet ouvrage pour nous inciter à voir ou à revoir les œuvres de Van Eyck, elle a parfaitement réussi. 

JF Zimmermann

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