La Marque du maçon

 

La Marque du maçon

Jean-Denis Clabaut

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La Marque du maçon, Jean-Denis CLABAUT, chez Thélès, 2005

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   Autant le dire tout de suite, Jean-Denis Clabaut l’auteur de cet ouvrage est un ami.

   Autant le dire tout de suite, Jean-Denis a plongé sa plume dans l’encre moyenâgeuse d’un 11ème siècle aux accents guerriers de la 1ère croisade, tout comme la petite histoire que je viens de trousser et qui devrait paraître l’an prochain si les fées de l’édition se penche avec faveur sur son berceau.  Nos héros respectifs, conjugués à la première personne, suivent les mêmes traces jusqu’à Jérusalem, via Byzance, accompagnés dans leurs pérégrinations des mêmes personnages historiques dont notamment le picard et légendaire Pierre l’ermite.

   Autant le dire tout de suite, j’étais curieux comme une vieille pie d’explorer cet univers commun qui nous rapproche encore davantage Jean-Denis et moi-même.  Donc, comme avoué en préambule, cet auteur est un ami. Peut-on, à ce titre, rester tout à fait lucide et impartial ? Sans doute que non, mais peu importe, laissons-nous porter par cette inclination somme toute naturelle quand il s’agit de faire partager ses enthousiasmes. 

   Avant le fond, envisageons la forme. La plume est déliée, légère, aérienne. Jean-Denis Clabaut écrit sur un nuage. Il sait que chercher le mot juste, c’est se battre avec la langue. Il s’efface derrière son personnage, Ghislain Martel, et le laisse vivre. Il est à son service, reste sobre et ne prend jamais la main. Le vocabulaire utilisé est délibérément contemporain, mais cela ne nuit pas au ressenti historique car l’auteur a eu la finesse d’user de l’artifice de la traduction. Je m’explique. Le récit débute par la découverte fortuite par un archéologue d’un mystérieux manuscrit, datant du 11ème siècle, qu’il entreprend de traduire en français moderne. C’est ce texte qui constitue la trame du livre.  On suit Ghislain Martel sur les chemins de cette 1ère croisade, née d’un généreux élan, mais vite entachée des pires exactions commises par les pèlerins eux-mêmes à l’égard des populations qu’ils rencontrent. Toutes les haines du monde se concentrent dans ce microcosme représentatif de la société médiévale : la peur de l’autre, cet inconnu, cet étranger dont on ne comprend pas les coutumes et qu’il convient d’impressionner ou de mater avant qu’il ne devienne nuisible. Les vieilles inimitiés à l’égard des Juifs, ces juifs qui ont tué le fils de Dieu, donnent lieu à des pogroms. Il n’y a qu’un dieu, celui que l’on honore. Les ignorants, les mécréants, les hérétiques, les infidèles doivent périr. Les chemins de Jérusalem se colorent en rouge et sont balisés de monceaux de cadavres. Ghislain doute et se rend compte que Dieu est le silence de l’univers et l’homme le cri qui donne sens à ce silence. Le doute ! Le doute est une plante qui pousse sans aide dans une tête bien faite, et celle de Ghislain l’est, assurément.  Naïf lorsqu’il entreprend de mêler ses pas à ceux des pèlerins, Ghislain roule des yeux effarés à la vue de la vilenie qu’il découvre. Il va s’aguerrir, mais ne participera jamais à cette folie meurtrière. Il va revenir de Jérusalem après trois ans d’absence. Bien des choses auront changé. Et puis les jours passeront. Il regardera passer le cortège mélancolique des jours enfuis. Les nuits frileuses s’enfonceront dans la douceur ouatée de sa mémoire. Ses souvenirs, flocons paresseux, tournoieront, hésiteront quelques instants encore avant de se poser pour fondre et disparaître.


   A travers la personnalité du héros de cette histoire transpire tout l’humanisme de Jean-Denis Clabaut. La peur de l’autre, cet inconnu, doit à tout prix être vaincue. 
   Ce livre - qui a obtenu le "Prix du premier roman", à Draveil - est le premier d’une trilogie. Le troisième et dernier tome doit paraître prochainement. 

   Il y a des écrivains qui ont un style, mais qu’on n’entend pas. Il en est d’autres qui font du bruit, mais qui n’ont pas de voix. Certains s’écoutent parler et se regardent écrire. Jean-Denis Clabaut est discret, mais il est …. diablement efficace !

   Il me semble superflu d’ajouter que je vous recommande la lecture de cet ouvrage. De toutes façons, j’ai choisi une fois pour toutes de ne parler que des livres que j’aime, ils sont suffisamment nombreux pour ne pas perdre de temps à critiquer ceux qui ne me plaisent pas. 

Commentaires

  • Delarbre Jean-Claude
    • 1. Delarbre Jean-Claude Le 11/07/2012
    J'ai voulu acheter ( cette semaine, via internet ) ce livre à la FNAC, étant le livre favori de JF Zimmermann ( et aussi sans doute parce que je suiis un Maçon de la Marque...). OK, no problem, mais message ce jour " ouvrage indisponible, commande annulée"... Où puis-je le trouver ?
    JC Delarbre, suite à une rencontre à Nevers, qui a beaucoup apprécié L'apothicaire de la rue de Grenelle, et qui le fait circuler ( dommage pour le tirage, mais l'essentiel est que le livre soit lu, n'est-il pas ? )
  • jfzimmermann
    Mon cher Jean-Claude,
    Je suis en vacances dans les Alpes jusqu'au 24 juillet. A mon retour, je contacterai l'auteur et t'adresserai les informations utiles. Mon prochain ouvrage, "De silence et d'ombre", dont la parution est prévue pour l'office de novembre, traite du même sujet que "La marque du maçon". Cette coïncidence fortuite n'a fait que renforcer les liens qui m'unissent à Jean-Denis Clabaut.
    Amicalement,
    Jean-François
  • jfzimmermann
    Cher ami,
    Comme promis, de retour de cette montagne régénératrice et dépolluante, je t'adresse les coordonnées de Jean-Denis Clabaut : jean.clabaut@numericable.fr.
    Je ne sais si cet ouvrage, premier tome d'une trilogie, est encore disponible.
    Amitiés,
    Jean-François

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