17ème

  • Le Crépuscule du Roi-Soleil s'est éclipsé...

    Le crépuscule du Roi-Soleil

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       - Serait-ce donc là, Jean-François Zimmermann, la première de couverture de votre prochain ouvrage ?

       - Il y a deux ans, après la parution de L'apothicaire de la rue de Grenelle, et après que cet ouvrage a été couronné du Prix des Écrivains Bretons, mon éditeur, Marcel Gillet, me demandait : "Alors, à quand la suite ? ".    Je m'y suis mis fin 2011 sans savoir exactement où cela me mènerait, car j'entreprenais de conter les aventures des trois frères Lasalle, personnages issus de mon premier ouvrage.Trois destins parallèles de frères ennemis qui devaient fatalement se croiser un jour pour le meilleur et surtout pour le pire !

       Deux ans plus tard, 550 pages ont été noircies. Il reste un an de travail pour en noircir environ 250 autres.C'est beaucoup. Il est vrai que je conte trois histoires en un seul ouvrage. 

       Plusieurs éditeurs informés du projet en cours m'ont récemment mis en garde, et leurs avis se recoupent. "Aujourd'hui, dans le contexte économique que nous vivons, les pavés ne se vendent plus, sauf à être un auteur à succès, ou à tout le moins reconnu, dont la notoriété autorise cette fantaisie. 

       - Pouvez-vous découper ces 800 pages en deux ou trois tomes ?

       - J'ai avancé cet argument, mais le problème reste entier. "Et si le premier tome ne marche pas, on fait quoi du reste ?" me demande l'un. "Et si le premier tome marche, mais que le deuxième s'essouffle ?", me demande l'autre. 

       - Et si on mettait Paris en bouteille ?

       - Notez que je comprends bien leurs arguments. Le marché du livre n'est pas porteur et le créneau réservé au roman historique est mince, moins de 3% de la littérature générale. "L'heure n'est plus à prendre des risques avec auteur inconnu".

       - Inconnu, n’exagérons rien !

       - Votre exclamation est aimable, mais l'auteur en question est inconnu du grand public ! Je me range donc à leurs arguments. Mes 550 pages sont parties à la poubelle. 

       - Vous avez détruit votre manuscrit ?

       - Oui. J'ai signé son acte de décès, hier. Les 550 feuillets sont passés au vide-ordure ! Deux années de travail que je considérerai comme une parenthèse. "Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage" : tant que ma plume ne sera pas sèche, j'obéirai à Monsieur Boileau, mais cette fois, je tiendrai compte des impératifs commerciaux et me contenterai de deux ou trois cents pages. 

       - Toujours un roman historique ?

       - Toujours un roman historique, centré sur le XVIIème. 

       - Rendez-vous dans un an ?

       - Pari tenu !

  • Remise des Prix du Roman 2011 des Écrivains Bretons

     

    Remise des Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons

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    Samedi 5 novembre 2011, Pouldreuzic, en pays bigouden.

       - « Le Grand Prix du Roman 2011 des Ecrivains Bretons est décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son ouvrage « L’apothicaire de la rue de Grenelle »

       Il y a fort à parier que mon apothicaire parisien n’aurait pu soupçonner un seul instant d’être couronné par ses cousins celtes. Lui, l’irréductible huguenot, honoré et congratulé par ces bretons papistes ! Mais gageons que si Pierre Jakez-Hélias et Alexandre Lasalle s’étaient connus, ils auraient partagé les mêmes valeurs humanistes. Pouldreuzic est une petite commune de 1500 habitants située à quelques encablures de la Pointe du Raz. Ici est né l’écrivain Pierre Jakez-Hélias, « mondialement connu », comme se plaît à le rappeler Madame GOURLAOUEN, maire de la commune. Auteur de nombreux ouvrages tels le « Cheval d’orgueil » que Claude Chabrol a mis en image en 1980 et dont la distribution comportait entre autres, Michel Blanc, Jacques Dufilho et François Cluzet, il fut le premier bénéficiaire du Prix des Ecrivains Bretons. D’autres plumes célèbres telles celles de Xavier Grall, Hervé Jaouen, Charles Le Quintrec et Henri Queffélec, ont contribué à la renommée du Prix des Ecrivains Bretons

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     La maison natale de Pierre Jakez-Hélias, à Pouldreuzic

       A en croire le jury, cette année fut une cuvée exceptionnelle tant en nombre qu’en qualité. Des cinquante-sept candidats émergèrent dix finalistes qui furent, toujours d’après le jury, fort difficiles à départager. Après d’âpres discussions, un consensus se fit autour de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ». Tandis que la veille je voyais à la télévision la figure d’Alexis Jenni, réjoui, étonné comme un gosse à la remise des prix de fin d’année, entamer un second tour de table chez Drouant, arborant triomphalement le chèque symbolique de dix euros du Goncourt, précieux trophée qu’il ne remettra pas à son agence bancaire, mais qu’il encadrera et accrochera au-dessus de son bureau, je rédigeais la courte allocution que je délivrerai le lendemain sur l’estrade après la remise du chèque de l’Association des Ecrivains Bretons. Chèque plus conséquent que celui du Goncourt, mais qui, hélas,  ne remplacera pas les centaines de milliers d’exemplaires assurées par ce prix prestigieux !

       A croire que toutes les caméras et les micros de France et de Navarre s’étaient concentrés rue Gaillon car seuls quelques journalistes locaux de la Presse écrite, Ouest-France et Le Télégramme, pour ne pas les citer, s’étaient déplacés à Pouldreuzic ! Heureusement, la cinquantaine de personnes présentes dans la salle du Centre Culturel Pierre Jakez-Hélias ont partagé la joie du modeste auteur de romans historiques qui ne boudait pas son plaisir à l’écoute des commentaires et analyses de son ouvrage, notamment celle délivrée par Jacky Blandeau, l’un des membres du jury. 

       Je ne suis pas breton de naissance, mais j’ai vécu cinquante-trois ans en Bretagne et je considère ce prix comme un adoubement par mes pairs. 

     

    Remise du Prix du Roman des Ecrivains Bretons – 05 novembre 2011 

    Texte de mon allocution après la remise du Prix :

       Mon beau-père était originaire de Chateauneuf du Faou. Je respectais infiniment cet homme, droit comme un I, mais sans raideur, sérieux, mais non dépourvu d’humour. Fils et petit-fils de paysan tout comme Pierre Jakez-Helias, nanti du certificat d’études, il « monta » à Paris, entra aux PTT, administration dont il gravit les échelons, un à un, par concours internes pour terminer receveur, en fin de carrière.  Le « Cheval d’Orgueil » est l’ouvrage qui a le plus marqué ce lecteur assidu, ce qui n’est point pour me surprendre car je retrouve son ombre au détour de chaque ligne. Il ne manquait jamais lors de repas familiaux d’en évoquer des passages entiers qu’il illustrait de ses propres souvenirs. Sa mémoire perdure grâce à Pierre Jakez-Helias. C’est le miracle et la force de la littérature.
       Vous comprenez à présent pourquoi mon âme frissonne en frôlant à Pouldreuzic celle de celui qui fut l’icône de ma belle-famille, et combien j’éprouve à la fois fierté et humilité en un tel compagnonnage. 
       Le romancier recompose la réalité pour en faire une fiction tolérable à sa raison. Pour écrire son livre, il doit se rendre très loin, là où plus personne ne peut l’aider. S’il n’est pas possédé par sa plume, il n’est qu’un terrain vague. C’est pourquoi je peine tant à écrire, les mots écorchent mes pensées et leur font saigner de l’encre. Je voudrais écrire des histoires tristes, mais seulement pour les gens qui ne manquent pas d’humour !

       Je tiens à remercier les organisateurs de cette manifestation. Je n’ignore rien du travail accompli en coulisses que je comparerai volontiers aux 4/5 du volume immergé de l’iceberg.Par ailleurs, je m’étonne encore de l’indulgence dont le jury a fait preuve à la lecture de ma petite histoire d’apothicaire et j’espère sincèrement que celle-ci les aura divertis durant quelques heures. 
       J’ajouterai une réflexion d’Alain Bosquet : « S’il me reste un peu de vie, au lieu de la vivre je préférerais l’écrire : je pourrais au moins la corriger ! »

       Et enfin, je conclurai par une petite anecdote. Il y a quelques jours, le petit-fils de ma compagne, âgé de quatre ans et demi, me confiait sur le chemin de l’école, son inquiétude. Je reprends les termes exacts. « Jean-François, m’a-t-il dit, j’ai vingt histoires à raconter, mais j’ai peur qu’elles s’enfuient de ma mémoire, alors, il faut vite que Mamie m’apprenne à écrire… »

     

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    La remise du chèque

     

    Cérémonie officielle de la remise des prix des ECRIVAINS BRETONS à Pouldreuzic, le 5 novembre 2011.

    Compte-rendu de Jacky Blandeau, membre du jury, lu à l’occasion de la remise du Prix du Roman, décerné à Jean-François ZIMMERMANN pour son roman : « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».
       

       Dans un Paris du 17e s. Alexandre Lassalle, médecin-herboriste et apothicaire se détourne de la médecine enseignée par la Faculté qu’il juge inefficace pour consacrer sa vie à la recherche du remède universel : l’or potable.Insatiable, il s’obstine à vouloir étancher sa soif d’idéal comme l’orpailleur sa soif d’or, menant une quête illusoire au détriment des dangers qui le menacent. Bravant les injustices, que son appartenance à l’Eglise Réformée vient exacerber, il se fond dans les méandres d’un Paris où se heurtent de plein fouet misère et opulence, courants de pensées jugeant cette quête totalement hérétique, mais aussi plus intimement où se mêlent amours et trahisons.

       Enfants-fruits de ses amours, femmes et maîtresses, amis et ennemis, autant de portraits qui pour certains humanisent avec délicatesse l’opacité d’un univers nourri de complots. Tout ce petit monde tente d’influencer l’étrange destin d’un alchimiste que la jalousie aux relents de haine filiale et la vengeance, ne cesseront de poursuivre. Le sang devient élixir de violence…

       Dans ce roman, que l’on pourrait qualifier de didactique, chaque page est promesse de saveur aigre-douce, l’enthousiasme est à son comble pour un scénario sur fond d’histoire exempt de clichés. On s’attache au personnage à la fois rêveur et lucide qu’incarne Alexandre. Savant mélange de réalité et de fiction que cette œuvre plénière, où la structure du récit elle-même permet au lecteur de laisser son esprit errer au fil d’une apparente soumission que viennent rompre les nombreux rebondissements, la magie opère.

       L’auteur laisse courir sa plume avec agilité et limpidité, usant de métaphores mais sans excès. Il nous initie au langage de l’époque ou bien émaille son récit de fragments d’érudition, le tout avec subtilité (humilité ou modestie).

       L’authenticité ne serait-elle pas le credo (ou l’arme) de ce nouvel alchimiste (nouveau conquérant) des lettres ?

    Jacky BLANDEAU, écrivain.


    Le Cheval d'orgueil, un film de Claude Chabrol

     

     

    Pierre Jakez-Hélias


  • Entretien à bâtons rompus avec JF Zimmermann

     

     

    …Entretien à bâtons rompus, avec Jean-François Zimmermann,

    auteur de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».


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    Photo : Charles HENNEGHIEN

     


    Qu’est-ce qui sépare un bon roman d’un mauvais ?

    Un bon roman commence par le rêve.

    Vous avez publié votre premier roman à l’âge de soixante-cinq ans. Pensez-vous écrire encore longtemps ?

    La mémoire est comme un muscle qu’il faut entretenir si l’on veut qu’elle réponde à nos sollicitations. Si on veut rester jeune, il faut conserver sa capacité d’imagination, d’émerveillement, de rêve. On ne crée pas pour soi-même, mais pour l’autre, celui ou celle dont l’affectueux regard est encourageant.

    Etes-vous sujet à des pannes d’inspiration ?

    L’inspiration est un oiseau craintif qui s’envole au premier bruit. Parfois, il se contente de faire le tour de l’arbre et revient se poser sur votre épaule. Il est alors complice. Mais il est rare qu’il revienne. Alors, il est préférable de se lever et d’aller se faire un café…

    Doit-on nécessairement être cultivé pour lire ?

    Je ne crois que mes romans soient stricto sensu de la littérature populaire. Ils ne le sont pas en ce sens qu’ils font appel à un référentiel qui, sans être du ressort d’un thésard, n’en exige pas moins une certaine culture. Mais ils sont populaires en ce sens qu’ils sont glissés dans un genre, « romans historiques » ou « romans d’aventures ». Ils font davantage appel à l’émotion qu’à la réflexion.

    Quel est votre cursus ?

    Je n’ai pas fait d’études et, loin de m’en glorifier comme le font certains qui sont arrivés à quelque chose, je le regrette profondément. Mes modèles, contemporains et inaccessibles, sont Jacqueline de Romilly, Jean d’Ormesson, Umberto Ecco, Marguerite Yourcenar. J’ai, durant toute ma vie, couru derrière la culture en lisant beaucoup. Ma mémoire, n’étant pas exceptionnelle, ne m’a pas aidée. Curieux de tout, j’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main – ou plutôt, sous les yeux. Je ne me suis jamais laissé impressionner par plus cultivé que moi. Il ne le fallait pas. Cela m’aurait paralysé et interdit de tenter quoique ce soit. Conserver une bonne dose d’inconscience était nécessaire. 

    Quelles sont vos lectures ?

    Je lis peu les auteurs contemporains, non que je les dédaigne, mais je privilégie des lectures « utiles », utiles à ce que j’écris. Soit de purs ouvrages de documentation, soit des fictions en relation avec l’époque dans laquelle se situent mes récits. En ce moment, par exemple, je rédige la suite de « L’apothicaire de la rue de Grenelle ». L’essentiel de l’action se déroule sur la mer. Il me faut donc appréhender tout le vocabulaire maritime en usage au XVIIème. Ce n’est pas une mince affaire ! Tout ceci pour vous dire que je n’ai lu ni Muriel Barbery, ni Anna Gavalda, ni Musso, ni Lévy, ni Houellebecq. Parlez-moi plutôt de Max Gallo, Chantal Thomas, Ken Follett, Juliette Benzoni, Chandernagor, Eco…

    A quand remonte votre première lecture ?

    Dès l’âge de six ou sept ans, je passais l’essentiel de mon temps à lire des bandes dessinées. A cette époque, le jour des enfants n’était pas le mercredi mais le jeudi. Or, ce jour-là, ma mère se rendait au marché. J’attendais sagement son retour à la maison, fébrile, car je savais que dans le sac à provisions, sur le dessus car c’était le dernier achat, une ou deux revues, parfois rendues humides par le brouillard de l’hiver, trônaient. Bleck le Roc, Pipo et Concombre, Micky, Tintin, Mickey emplissaient mon imaginaire. A neuf ans, j’ai lu mon premier livre : « Sans famille ». J’ai beaucoup pleuré ! Et puis, je me suis jeté à corps perdu dans Zola, Bazin, Mauriac, Hugo, Vernes.  Au collège, j’attendais avec impatience, dictées et rédactions, puis narrations et commentaires de textes. J’éprouvais toujours un sentiment de fierté à la remise des notes car elles m’étaient favorables.

    A quand remonte votre premier texte ?

    Ma première tentative d’écriture remonte à l’adolescence. C’était une espèce de polar côtier mêlant marin pêcheurs – j’habitais en Bretagne, au bord de la mer – et touristes envahisseurs. Inachevé. Une chance pour les rares éventuels lecteurs qui auraient eu le courage de se l’infliger ! Par la suite, je me suis essayé à un thriller ténébreux, « éclairé » par l’implacable soleil des sables sahariens. Inachevé. Et puis, j’ai osé un chef-d’œuvre de platitudes, vague remake de « Dunes ». Inachevé. Puis ce fut le tour d’un polar inter-galactique sur fond de clones immortels – Ah ! J’étais en avance ! – Inachevé. Encore quelques lecteurs d’épargnés ! Inconsciemment, je devais me rendre compte qu’il était plus sage de ne pas mener à terme cette improbable gestation ! Je connaissais heureusement une meilleure réussite en écrivant des nouvelles – primées puis éditées. Enfin, en 2005, je suis « entré en littérature » à la suite d’une lecture : « Les Pérégrines » », de Jeanne Bourin. Le déclic. Deux ans pour pondre les six cents pages de « De silence et d’ombre » puis, dans la foulée, « L’apothicaire de la rue de Grenelle ».

    Qu’éprouve un auteur lorsqu’il voit son manuscrit publié ?

    L’auteur, en général, je ne sais pas. Pour ma part, c’est d’abord la satisfaction d’avoir mené à son terme une entreprise de longue haleine. D’avoir concrétisé, figé en quelque sorte, la sarabande qui dansait dans mon imaginaire. De l’avoir rendue assimilable pour qu’elle puisse être lue. Etre lu, c’est bien là la récompense dont rêvent tous les auteurs. Enfin, il me semble. Et tant pis pour le lieu commun : l’écriture est un partage. 
     

    Voilà six mois que votre livre est paru. A-t-il rencontré le succès escompté ?

    (Rires) Un fameux succès… confidentiel !

    Comment jugez-vous votre écriture ?

    Un livre c’est comme un enfant. Quel est le père qui accepte sans broncher les remarques désagréables, mêmes justifiées, apportées par un tiers sur sa progéniture ? « De quoi se mêle-t-il celui-là ? Qu’il commence par balayer devant sa porte !» Pour ne pas me dérober, je vous répondrai que je pense avoir écrit un livre plaisant, sans prétention, sans portée hautement philosophique. Je ne suis pas un auteur à messages. Mon seul souhait est que mes lecteurs passent quelques heures agréables et qu’ils aient appris quelque chose.

    Vous êtes modeste !

    Je reste à ma place.

    Qu’a-t-il manqué à votre livre pour qu’il se vende davantage ?

    Pour qu’un livre se vende, il faut d’abord que le public soit informé de son existence. C’est une lapalissade. Pour qu’il « existe », il faut qu’il soit présent sur les rayons des libraires. Mon éditeur n’a pas de diffuseur-distributeur. Il n’envoie aucun exemplaire aux médias. Il ne dispose que d’un site sur la Toile pour en assurer la distribution. Il n’assure aucune présence sur les salons. Ses auteurs doivent donc prendre leur destin à pleines mains et entreprendre la fastidieuse tournée des libraires régionaux. Pousser la porte d’une librairie, attendre sagement que le propriétaire des lieux en ait fini avec ses clients, se présenter et en faire de même de son ouvrage en le vantant comme le camelot sur le marché, est une démarche humiliante. Et puis, il faut se contenter, dans le meilleur des cas, du dépôt-vente de quelques exemplaires et parfois bénéficier de la part d’un libraire audacieux, d’une séance de dédicaces. Certes, on peut donner à la scène un autre éclairage. Parler littérature avec une personne informée est enrichissant. On entre dans un cénacle. Avec ou sans cet éclairage, je rends grâce aux libraires de donner une toute petite chance à un total inconnu.

    Pourquoi n’avoir pas choisi un autre éditeur ?

    Parce que l’on n’est pas instruit des arcanes de la partie commerciale de la littérature. Et parce qu’être édité est un petit miracle que l’on savoure sans trop se poser de questions. Ceci dit, tel le libraire cité plus haut, je remercie mon éditeur d’avoir imprimé mon texte et de lui avoir donné vie. 
    Etre édité, cela est-il difficile ?En partant du principe que le livre proposé présente quelque intérêt, il n’est pas difficile de trouver un éditeur. En trouver un qui accepte de prendre les risques financiers d’une diffusion nationale alors que l’auteur ne bénéficie d’aucune notoriété particulière est nettement plus délicat ! D’abord, il faut effectuer un premier tirage d’au moins cinq mille exemplaires afin que l’ouvrage soit présent dans tous les points de vente, ce qui représente environ dix mille euros de frais d’impression. La diffusion-distribution ajoutée à la marge attribuée aux points de vente représente 70% du prix de vente public du livre. Si rien ne le distingue de la masse – six cents nouveautés, rien que pour la rentrée de septembre ! – son aventure s’arrêtera là, au bout de trois mois. Elle se soldera par quatre mille retours qui passeront au pilon car les livres manipulés ne peuvent réintégrer le circuit commercial. Pas besoin d’être comptable pour se rendre compte qu’une telle opération ne doit pas se répéter trop souvent.

    Mais, c’est sinistre !

    Seules les maisons qui comptent dans leur équipe un ou plusieurs auteurs à très forts tirages peuvent se permettre de placer leur mise sur des auteurs en devenir.

    En conclusion ?

    C’est une chance que d’écrire. L’écriture est un refuge qu’il fait bon d’investir lorsque le temps est maussade. Elle est un château fort bien remparé, protégé des désordres de la vie. On s’y ressource et l’on y puise des nouvelles forces.