Salon du Livre d'Aumale 2014

Le 27/09/2014 à 09:00

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  • Halle au Beurre - AUMALE
  • Durée : Toute la journée

Affiche 2015

Le Salon du livre d'Aumale qui se tient en Normandie et à proximité d'Amiens et de Rouen a fêté ses 10 ans en 2011.
Ce rendez-vous littéraire rassemble chaque année environ 80 auteurs : romanciers, historiens, biographes, auteurs de bandes dessinées et jeunessse.

Il a reçu de nombreux auteurs célébres comme Simone Veil, Patrick Poivre d'Arvor, Jean-Paul Ollivier, Stéphane Bern, Vladimir Fedoroski, Philippe Gildas, Jean-Claude Narcy, Thierry Roland, Patrice Drevet, Louis Bozon, Nadine de Rothschild, Raphaël Delpard et tant d'autres.

Cette année, un invité de marque : Jean-Claude Bourret

Jean claude bourret

Jean-François ZIMMERMANN y dédicace le deuxième volet de sa trilogie "Le Crépuscule du Roi-Soleil : "La Rivière d'or"

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   Cet ouvrage est une suite de « L’apothicaire de la rue de Grenelle », paru aux Editions du Bord du Lot, en 2011 et qui avait obtenu le Prix du Roman des Ecrivains bretons.

   Il peut être lu indépendamment du précédent.

   L’histoire, qui se déroule à la fin du XVIIème siècle, se situe pour partie en France, pour partie en Hollande, et pour partie aux Indes Orientales. Elle met en scène trois frères que tout oppose. Martin, médecin, condamné aux galères pour fait de religion – il est protestant – s’enfuit en Hollande. Simon, chirurgien attaché au service du roi, catholique converti, demeure à Versailles. Paul, clerc de peu de foi, est plus attiré par les femmes et le jeu que par l’exercice de son ministère. Tous trois ont de bonnes raisons de se détester et de haïr le Roi-Soleil. Rien ne dispose ces trois destins, que la vie a séparés, à se croiser de nouveau. Et pourtant, les trois frères vont se retrouver, après bien des péripéties aussi aventureuses qu’inattendues, à bord du même vaisseau, quelque part dans l’Océan Indien.

   Le crépuscule du Roi-Soleil est proche. Cette lente agonie sera-t-elle facteur de rapprochement entre les trois frères ?

EXTRAIT :

   Afin de se délasser de ses travaux d’alchimie, et pour nettoyer ses poumons des fumées du laboratoire, Martin se rend fréquemment au port. Ce jour-là, chemin faisant, il remarque des groupes de marins qui entrent et sortent des tavernes en chantant. « Un convoi de navires marchands est arrivé », pense-t-il. Récemment débarqués, tout simplement heureux d’être toujours vivants, ils boivent à la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus. Ils traînent ainsi jusqu’à ce qu’ils soient récupérés par leurs épouses, arrivées des villages voisins, soucieuses d’éviter qu’ils boivent tout l’argent gagné. Dans les rues, sonnent les fers et claquent les fouets des chariots de débarquement. Martin gagne les quais le long desquels il se plaît à déambuler. Parvenu au havre, il observe la joyeuse animation fébrile qui agite matelots, débardeurs, convoyeurs, marchands et simples curieux. Il entend la rumeur du port au travail, les grincements des poulies, les gémissements des palans. Les mouettes affolées par cette fièvre tournoient au-dessus des bassins en criant leur colère de ne pouvoir se poser. Martin se rend au bassin de radoub. Il aime humer les odeurs de goudron et de peinture. Ici, des vaisseaux culbutés en carène sont grattés, raclés et calfatés, là, pierre précieuse enchâssée sur ses arcs-boutants, une frégate fraîchement repeinte exhale l’huile de lin comme une courtisane ses eaux de toilette. Il s’attarde à échanger quelques propos, tant avec les matelots qu’avec les ouvriers. Toutes les nationalités se côtoient et toutes les langues aussi. Un sabir à la syntaxe simplifiée et au vocabulaire restreint aux préoccupations maritimes est né de ce mélange que Martin a eu tôt fait d’acquérir.

   À la nuit faite, les tavernes éclaboussent de lumière les sombres pavés des quais le long desquels elles sont alignées, comme à la parade. Une rumeur de conversations bruyantes, de rires gras, de chants gaillards, de chaises renversées ou raclant le sol, de bruits de verres heurtés parvient aux oreilles du jeune homme. Il entre dans l’une d’elles, toujours la même, In de Gouden Gans[1]. Il y a pris ses habitudes. Il aime échanger avec les gens de mer, peuple rude et austère, dans ces salles bruyantes et enfumées dont les portes, une fois franchies, assurent à tous d’être traités à égalité. Observateur, il distingue vite le Hollandais aux gestes lents et à l’ivresse brutale, du Français ou de l’Espagnol agité et hâbleur. Dans l’air alourdi par la chaleur, l’alcool et la fumée, traînent des histoires prodigieuses racontées par ces coureurs des mers. Aventures étonnantes, invraisemblables, parfois épiques, autres formes de chimères que celles auxquelles se livre Martin dans son laboratoire. Quoique incrédule de nature, il se laisse gagner par le merveilleux rendu par la magie du verbe de ces conteurs ébouriffés par le vent du large. Parmi eux se glissent de vrais corsaires, ces rudes marins aux appétits féroces qui se signent sitôt les jurons proférés. Ce sont tous de mauvais garçons, le poing et la lame faciles, trousseurs de filles, vivant sans compter les jours et sans en redouter le décompte. Ils flambent en une nuit leur part de prise d’une campagne avec autant d’ardeur que pour un abordage.

   Ils racontent tout en majuscules, ponctuent leurs discours à coups de poing sur la table, s’apostrophent, sautent un chapitre, déclament dans le désordre, ajoutent à la confusion en s’esclaffant hors de propos et, la voix rauque et la gorge sèche, exigent à boire en tapant à coups répétés leur chopine contre le pot. Leurs affirmations redonnent courage à ceux qui l’avaient perdu et confortent les plus intrépides dans leur invulnérabilité.

   La fréquentation de ces gaillards, francs à la lampée, qui rincent plus de gobelets qu’un mécréant ne chie de patenôtres, trouble de plus en plus Martin. Avec un geste qui lui est désormais familier, il touche son épaule droite et passe la main sur la boursouflure, trace cicatrisée des brûlures qu’il s’est infligées pour effacer les trois lettres inscrites sur sa peau : G, A et L, les trois premières du mot galérien, rappel de son passage sur les bancs infamants de Marseille. Il serre alors les poings et les dents jusqu’à se faire mal et rage contre ceux qui l’ont mené vers cet enfer : Blaise de La Peyrrière, qui a payé sa dette sur le Pré aux Clercs, Paul, malgré ses dénégations, qui a trempé lui aussi dans cette affaire et devra acquitter sa part. Et puis, et surtout, le Roi-Soleil, ce vaniteux, cet ampoulé, ce va-t-en-guerre, cet homme qui a juré d’éradiquer de son royaume l’hérésie huguenote, à n’importe quel prix, même celui du sang, sera la cible désormais de la vengeance de Martin. « Je ne suis qu’une mouche sur le col d’un bœuf. Bien d’autres ont tenté et tentent encore de lui causer du tort. Sans succès. Il règne, hautain et impavide, insensible aux marques de mépris, aux rumeurs haineuses. Mon père a lui aussi été victime de son intolérance religieuse, et Jeanne, ma belle-mère, violée par ses soldats sous les yeux de ma petite sœur, Judith ». Devant ses yeux, tel un nuage sombre, passe l’image de la maison de la rue de Grenelle, havre de son enfance, squelette calciné. « Je ne peux vivre sans agir, je ne suis point un mouton qu’on égorge. Ô Roi démoniaque, qui m’a tant fait souffrir tout en ignorant même jusqu’à mon existence ! Je veux que tu apprennes qu’un loup est celé au beau milieu du troupeau que tu morgues ! ».

Marseile vernet



[1] « A l’oie d’or »

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